Economie

« Les invisibles sont repartis à leur invisibilisation »

Tribune. Six mois ont passé depuis que la pandémie du Covid-19 bouleversait l’ordre mondial. Un temps trop court pour vivre et se remettre des traumatismes, des épuisements professionnels et sociaux ; une éternité pourtant nous séparant des imaginaires « mondes d’après » qui peuplaient lectures et réflexions. Tout le monde s’accordait pour une économie au service de tous et non pas des actionnaires.

Les programmations de fermetures de lits d’hôpitaux devenaient honteuses et la nécessité du travail des artistes une évidence quotidienne. Quant à l’environnement, il s’affichait enfin comme une question sociale centrale : nous respirions mieux, nous avions compris. Le « monde d’après » devait porter un renouvellement des rapports à l’autre, un soin aux services publics, notre richesse commune…

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Pendant que les quartiers populaires allaient travailler dans des conditions rendues encore plus difficiles par la raréfaction des transports en commun, et par la nécessité d’une nouvelle organisation familiale pour que les enfants suivent les cours ; à mesure que surgissaient au grand jour leurs conditions de vie, nous imaginions. Nous rêvions le monde d’après, pour certains d’entre nous, nous l’espérions fait de justice sociale, de ralentissement, de la fin de la financiarisation de l’hôpital, de la privatisation et de la précarisation croissantes de l’enseignement…

Retour au monde d’avant

Le jour du déconfinement, le rendez-vous des applaudissements pour les soignantes auxquelles ont été associées caissières et éboueurs s’est effacé. Etions-nous dupes ? Assurément non : on lisait ici ou là « vous ne confinerez pas notre révolte », phrase qui exprime bien que les tensions, les violences sociales et symboliques qui traversent notre société ne datent pas du 17 mars 2020.

Les invisibles sont repartis à leur invisibilisation, les classes sociales les plus précaires et les plus pauvres n’ont pas attendu la fin de l’été pour savoir que le droit du travail devait être sacrifié avec le spectre du chômage comme argument. Les entreprises après le 17 mai ont massivement demandé à leurs salariés de reprendre leur activité avec plus d’intensité et de « dévouement » qu’avant le confinement.

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Une majorité de salariés a travaillé sans relâche et a raccourci ou annulé les vacances prévues. Ainsi, les locations sur les lieux de villégiature française ont été prises d’assaut par ceux qui en avaient les moyens matériels et structurels : les cadres et chefs des grandes entreprises, car les petites et moyennes entreprises n’ont pas eu d’autre choix, pour des raisons de survie, que de poursuivre leurs activités dans la plus grande des incertitudes.

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