Economie

Comment l’Allemagne est devenue keynésienne

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Publié aujourd’hui à 16h00

Historique. Même en connaissant le pragmatisme allemand, le chemin parcouru par Berlin sur le plan économique depuis le déclenchement de la pandémie de Covid-19 est stupéfiant. En quelques semaines, avec une vitesse et une détermination qu’on ne lui connaissait guère, l’Allemagne s’est affranchie de tabous qui formaient le cœur de sa politique économique depuis une décennie.

Trois avancées majeures ont été réalisées depuis le début du printemps. Tout d’abord, le pays, qu’on croyait procédurier et obsédé par l’équilibre de ses finances publiques, s’est libéré de son obligation constitutionnelle de « frein à la dette », qui restreint depuis 2009 les déficits publics à 0,35 % du PIB nominal. Le gouvernement a ainsi pu contracter, dès la fin mars, un emprunt de 156 milliards d’euros – plan de soutien à l’économie parmi les plus généreux du monde.




Ensuite, le pays, si facilement moralisateur, voire comminatoire, lors de la crise de l’euro en 2011, a accepté, à la faveur de la pandémie, de donner un fort signal de solidarité européenne. En s’engageant avec la France en faveur d’un plan de relance européen financé par une dette commune contractée par la Commission, l’Allemagne a fait sauter l’une des barrières de politique européenne à laquelle elle était le plus attaché.

Nécessité économique absolue

Berlin, enfin, a adopté dès le 3 juin, un mois tout juste après le début des premières mesures de déconfinement, un monumental plan de relance de 130 milliards d’euros. Au-delà des mesures de soutien à la demande, déjà considérables, le gouvernement s’est entendu sur un large programme d’investissements publics financés par l’emprunt. Le budget additionnel voté en juin prévoit l’émission de nouvelles dettes, portant l’endettement total de l’année 2020 à 218,5 milliards d’euros, du jamais-vu.

Politiquement, la manœuvre était impensable il y a quelques mois encore. En quelques semaines, l’Allemagne, championne des excédents budgétaires, est devenue keynésienne, apôtre de l’intervention financière de l’Etat dans l’économie, sans que cela suscite dans le pays une de ces célèbres polémiques sur le danger du retour de l’inflation galopante.

Comment expliquer un revirement si radical ? D’abord par la nature particulière de la crise due au Covid-19. Dans cette pandémie, à la différence de la crise de l’euro, il n’y a pas de « fautif », pas d’incurie politique ou bancaire à corriger. Le choc, subi par tous les pays en même temps, s’apparente à une catastrophe naturelle à grande échelle.

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