Economie

« Le homard américain, royal au bar »

A Bar Harbor, dans le Maine (nord-est des Etats-Unis), en juillet 2019.

Matières premières. La pêche aux voix est un exercice prisé outre-Atlantique. Donald Trump lance ses filets de tous côtés, pour tenter de décrocher un second mandat, le 3 novembre. Il peut se féliciter d’avoir fait une touche auprès des pêcheurs de homards de l’Etat du Maine (nord-est). En plein cœur de l’été, il a obtenu de l’Europe l’effacement des droits de douane sur les précieux crustacés. Le homard américain, royal au bar…

Fidèle à ses méthodes, le président des Etats-Unis a menacé le Vieux Continent de représailles si elle ne cédait pas à ses exigences. En touchant un point sensible : les exportations automobiles. Surtout, il a argué du sauf-conduit dont bénéficie le homard canadien depuis la signature du CETA, l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne, fin octobre 2016. Bruxelles a décidé de céder à ses exigences et d’ouvrir en grand les vannes du marché à ce produit américain emblématique. En guise de monnaie d’échange, l’Europe a obtenu une réduction de moitié des droits de douane sur les verres en cristal et les briquets. Un accord annoncé le 21 août.

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Si les pêcheurs américains nagent dans le bonheur, leurs homologues européens sont plus amers. La pression de la concurrence s’accroît. « Le produit américain ou canadien est plus accessible. Son prix peut varier du simple au double en comparaison d’un homard pêché près des côtes françaises. Soit environ 17 euros le kilo dans le commerce, quand un homard vendu à la criée en Normandie l’été se négocie à plus de 20 euros le kilo et se retrouve sur les étals du poissonnier à 30 voire 40 euros le kilo », explique Arnauld Manner, directeur de Normandie Fraîcheur Mer.

Approvisionnement local ou non

Mais ce n’est pas le même homard. Le consommateur averti le sait. Pas question de se mélanger les pinces. Les espèces diffèrent des deux côtés de l’Atlantique. Dans un vivier, le doute n’est pas permis : le homard européen est bleu comme le drapeau des Vingt-Sept quand l’américain, lui, est plutôt marron foncé. Toutefois, passés à la casserole, les deux rougissent de concert.

Autre subtilité, le homard bleu est souvent qualifié de « breton », bien qu’il soit souvent plutôt « grand-breton ». Le Royaume-Uni, en effet, est une grande zone de capture européenne. Sachant qu’en 2018, la France a importé 1 100 tonnes de homard du Royaume-Uni – près du double du Canada – et 700 tonnes des Etats-Unis.

A titre de comparaison, les pêcheurs normands ont ramené dans leurs casiers 250 tonnes de crustacés estampillés pêche durable. A l’amateur de faire son choix et de privilégier un approvisionnement local ou non. Même si le homard est dit « vivant », il a parfois bourlingué plusieurs semaines dans un conteneur, maintenu en hibernation par aspersion d’eau réfrigérée pour traverser l’Atlantique…

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