Economie

La mort de Gérard Worms, industriel et figure de la finance

Gérard Worms en 2002.

Il fut une figure du monde de la finance des années 1990, à la tête de la Compagnie financière de Suez, après des débuts au service de l’Etat, puis un passage dans l’industrie. Sans oublier la présidence de la chambre de commerce internationale et celle de l’Institut de conjoncture COE-Rexecode, proche du patronat, ni un lieu d’influence comme Le Siècle, cercle fermé de l’élite politique et économique, qu’il a présidé de 1999 à 2001. Gérard Worms est mort, lundi 31 août, à l’âge de 84 ans.

Né le 1er août 1936 à Paris, ce polytechnicien (X-1955) et ingénieur général des Mines commence logiquement sa carrière au sein de la haute fonction publique et des cabinets ministériels dans cette France des « trente glorieuses » où l’Etat stratège pèse de tout son poids. Ainsi participe-t-il, en 1963, à la création de la délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (Datar) au côté d’Olivier Guichard. Il le suivra au ministère de l’industrie en 1967, avant d’entrer, deux ans plus tard, à Matignon pour conseiller Jacques Chaban-Delmas sur les dossiers industriels.

Il se jette dans le bain du privé en 1972, en rejoignant l’éditeur Hachette, propriété de la société Matra de Jean-Luc Lagardère. Il le quitte en 1980 pour le groupe chimique et pharmaceutique Rhône-Poulenc, appelé par son PDG, Jean Gandois. Il y terminera son parcours comme directeur général en 1982, en pleine période des nationalisations du premier septennat de François Mitterrand. C’est début 1984 qu’il fait son entrée dans l’équipe dirigeante de la Compagnie de Suez, héritière de la prestigieuse Compagnie universelle du canal maritime de Suez, créée en 1855 par Ferdinand de Lesseps.

Chute brutale

C’est là qu’il connaîtra le sommet de sa carrière, et une chute brutale. En 1990, Jean Peyrelevade, ex-président de Suez devenu patron de l’assureur UAP, un de ses grands actionnaires, le pousse à la présidence de la compagnie après le décès de Renaud de la Genière. Ce n’est pas un cadeau ! Son bilan est altéré par des déficits énormes dans l’immobilier, où Suez va perdre beaucoup d’argent. Ce furent « quatre années de galère », confiera-t-il au Monde, en juillet 1995, après sa fracassante démission face aux attaques publiques et brutales de puissants actionnaires (BNP, UAP, Elf…). Quatre années à restructurer, à désendetter et à évincer une poignée de barons hostiles.

Mais quatre années où il n’a pas su, malgré ses efforts, dessiner un avenir clair pour Suez, qui était devenue une énorme sicav à coups d’acquisitions dans de nombreux secteurs d’activité. C’est l’époque des grands échafaudages industriels et financiers favorisés par les privatisations du gouvernement Balladur (1993-1995). Une partie de son conseil d’administration rêve alors d’une fusion avec la BNP et l’UAP, quand Gérard Worms construit d’autres scénarios : l’acquisition de la Lyonnaise des eaux, de Jérôme Monod, ou celle du groupe de distribution Pinault-Printemps-Redoute, de François Pinault.

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