Economie

Les salariés de « Libération » inquiets des propositions faites par Patrick Drahi

Peut-être ne fallait-il pas s’attendre à un miracle. C’est le sentiment qu’ont les représentants des salariés de Libération qui tiennent des discussions avec Altice, leur maison mère, alors que le quotidien créé par Jean-Paul Sartre et Serge July en 1973 doit passer ces prochains jours sous l’égide d’un « fonds de dotation pour une presse indépendante ». Si la structure à but non lucratif est censée garantir son indépendance, elle plonge aussi le journal de gauche dans un océan d’incertitudes.

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En mai, Altice s’engageait à accompagner le titre déficitaire « le temps qu’il faudrait ». Finalement, le groupe a chiffré le montant de son accompagnement. Facialement, il se montre généreux en s’engageant sur 70,5 millions d’euros. Mais, en réalité, il ne laissera dans les caisses que 13,5 millions d’euros, le solde correspondant aux pertes cumulées ces dernières années, qui totalisent 57 millions de dettes. Des dettes qu’Altice avait toujours promis de ne pas réclamer.

« Le compte n’y est pas »

La soulte promise par Patrick Drahi, le propriétaire d’Altice, paraît donc bien maigre face aux besoins du journal. Dans l’immédiat, Libération, qui perdait encore 8,5 millions d’euros en 2019, devra s’acquitter de la clause de cession. Ce dispositif, qui permet aux journalistes de quitter avec un chèque un journal qui change de propriétaire, coûtera au moins 2 millions d’euros, estiment les élus. « Libé » devra, en outre, financer son déménagement des coûteux bureaux qui lui sont loués par M. Drahi. « On appelle le groupe Altice à apporter à Libération les fonds dont il a besoin pour poursuivre sa bonne dynamique commerciale, notamment dans le numérique. A ce stade, le compte n’y est pas », indique Jérôme Lefilliâtre, représentant des salariés.

Le nouveau directeur général de Libération, Denis Olivennes, a bien essayé de dissiper les inquiétudes en certifiant qu’Altice assurerait « les besoins de financement des trois prochaines années [estimés] entre 15 et 20 millions d’euros ».

Sans les rassurer. Les élus contestent la réalité économique du plan d’affaires esquissé par leur nouveau dirigeant. Alors que la crise liée à la pandémie de Covid-19 gronde, M. Olivennes table sur un retour à l’équilibre dès 2023, avec une hausse du chiffre d’affaires de 10 millions d’euros entre 2020 et 2023, portée par une multiplication par cinq des recettes issues des abonnements Web, une croissance de la publicité et du hors-média (salons…). Mandaté par les élus, le cabinet Technologia évalue, lui, le besoin de financement en cash « entre 30 et 40 millions d’euros » ces trois prochaines années.

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