Economie

« Un sentiment de pauvreté relative, même temporaire, suffit à déclencher un désir de calories »

Tribune. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) attribue trois millions de décès par an à l’obésité, devenue plus meurtrière dans le monde que le manque de nourriture. Avec l’épidémie due au coronavirus, les risques de santé associés au surpoids sont devenus particulièrement frappants. Les personnes obèses ont été affectées par des formes particulièrement sévères de la maladie, constituant souvent plus de la moitié des patients en réanimation.

Après avoir été fortement touché par le virus et en avoir attribué la cause à son embonpoint, le premier ministre britannique Boris Johnson a lancé, au début de l’été, un plan de lutte contre l’obésité au Royaume-Uni. Une prise de conscience qui pourrait faire des émules.

Dans les sociétés développées, le surpoids et l’obésité frappent particulièrement les individus les plus pauvres. L’industrie agroalimentaire est sur la sellette, accusée de promouvoir et vendre à bas prix aux plus démunis de la « junk food » gorgée de sucre et de gras. Le manque d’activité physique est également un des facteurs de risque touchant particulièrement les plus pauvres, qui ont moins d’opportunités d’exercice. Il est également démontré que la nourriture calorique procure un réconfort émotionnel pour faire face au stress.

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De nouvelles recherches montrent cependant que ces explications n’épuisent pas le sujet. Les résultats de nos expériences mettent en évidence le fait que le sentiment d’être plus pauvre que son entourage, autrement dit l’insatisfaction financière provoquée par des inégalités sociales évidentes, suffit, toutes choses égales par ailleurs, à déclencher un désir d’aliments très caloriques (« A Wallet Full of Calories : The Effect of Financial Dissatisfaction on the Desire for Food Energy », Sandra Laporte et Barbara Briers, « Journal of Marketing Research » n° 50/6, décembre 2013).

« Insatisfaction financière »

Ce phénomène psychologique méconnu peut expliquer la prévalence particulièrement élevée de l’obésité dans les sociétés inégalitaires, en particulier celles où l’argent des plus nantis s’expose en permanence aux yeux de tous, notamment par les médias et les médias sociaux

Dans nos expériences, un échantillon de participants représentatifs de la population étaient mis aléatoirement dans une situation leur donnant à penser que l’argent dont ils disposaient était soit d’un montant supérieur à la moyenne de leurs pairs, soit au contraire d’un montant inférieur.

Dans les deux situations, leur étaient alors offerts des choix hypothétiques entre deux plats perçus comme tout aussi appétissants et « réconfortants ». De manière récurrente, ceux qui étaient en « insatisfaction financière » ont exprimé une préférence pour les options les plus caloriques.

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