Economie

Akinwumi Adesina réélu à la tête de la Banque africaine de développement

Le président de la BAD, Akinwumi Adesina, à Abidjan, le 31 octobre 2019.

A l’issue des assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), qui se sont achevées jeudi 27 août, le président Akinwumi Adesina a dû pousser un « ouf » de soulagement. Reconduit à l’unanimité pour un deuxième mandat de cinq ans, l’ancien ministre nigérian de l’agriculture (2011-2015), seul candidat en lice, peut enfin espérer voir s’éteindre l’affaire qui secoue la première institution financière panafricaine depuis le début de l’année.

« Les derniers mois ont sans aucun doute été difficiles pour la banque », a reconnu M. Adesina dans un discours d’ouverture prononcé depuis son bureau en raison de la pandémie de Covid-19. Une perche qu’ont saisie plusieurs gouverneurs de la BAD pour appeler, dans leur déclaration solennelle, à une « mise à jour du cadre d’éthique et de gouvernance » de l’institution, ajoutant qu’il y avait « encore beaucoup à faire » et qu’il en allait de la « réputation » et de la « crédibilité » de la banque basée à Abidjan. C’est dire le malaise que suscitait le seul point à l’ordre du jour : la réélection du président sortant.

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La crise au sein de la BAD a commencé en janvier, avec le dépôt d’une plainte portée par plusieurs employés transformés en lanceurs d’alerte. Ces derniers avaient listé seize abus présumés et accusaient le président Adesina de comportements « contraires à l’éthique », de favoritisme (notamment dans l’octroi de postes stratégiques), d’enrichissement personnel et de « violations du code de conduite ». Des allégations qui ont conduit à l’ouverture d’une enquête interne à l’encontre de M. Adesina, révélée par Le Monde Afrique en avril.

« De la pure rhétorique »

Depuis, l’affaire a connu de nombreux rebondissements. Fin avril, le comité d’éthique, l’organe interne chargé d’enquêter sur les allégations, a balayé les griefs et disculpé M. Adesina. Mais c’était compter sans le zèle de certains pays membres de la BAD et notamment des Etats-Unis, principal actionnaire de la banque après le Nigeria. Dans un courrier adressé fin mai à la présidente du conseil des gouverneurs (l’organe réunissant les actionnaires de la banque), Steven Mnuchin, le secrétaire américain au Trésor, exprimait de « sérieuses réserves » sur le rapport produit par le comité d’éthique, avant de préconiser le lancement d’une enquête approfondie menée par un « enquêteur extérieur indépendant ».

« Le président Adesina a perçu cela comme un acharnement des membres non régionaux [le conseil des gouverneurs compte 54 membres africains, les « régionaux », et 27 membres non africains] et c’est à ce moment qu’il a transformé l’affaire en un débat pro ou anti-africain à son endroit », observe un haut fonctionnaire ouest-africain de l’institution. Dès le début, M. Adesina n’a pas hésité à jouer sur la corde sensible de la division entre actionnaires, mais aussi entre employés, ce qui n’a pas manqué d’exacerber les tensions. « De la pure rhétorique servant d’écran de fumée », estime notre source, pour qui cette démarche avait surtout pour objectif de faire oublier la mauvaise gouvernance présumée du patron de la BAD, mais aussi de souder les pays africains derrière sa réélection, qui paraissait moins évidente qu’en fin d’année 2019.

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En juillet, une enquête indépendante a finalement été menée par un panel d’experts, avec à sa tête l’ancienne présidente irlandaise Mary Robinson. Mais les travaux du panel n’ont porté que sur la méthodologie et les conclusions de l’enquête conduite par le comité d’éthique, et non sur les faits reprochés à M. Adesina. Dans leur rapport, les experts ont estimé que les allégations des lanceurs d’alerte « ont été correctement examinées et rejetées » par le comité d’éthique. Les conclusions du rapport ont été perçues comme une victoire pour M. Adesina à quelques semaines du grand rendez-vous annuel de la banque, qui s’annonçait houleux.

Manœuvres nigérianes

En début de semaine, pour s’éviter de mauvaises surprises et assurer la victoire de son champion, le Nigeria a subtilement manœuvré. Alors qu’une double majorité (auprès des membres régionaux et des non-régionaux) est requise pour être élu, le géant africain s’est débrouillé pour doubler ses droits de vote en réglant sa contribution au budget de l’institution dans sa version augmentée par M. Adesina en octobre 2019. Le capital de la BAD ayant crû de 125 %, Abuja s’est donc retrouvé avec 16,8 % des parts. « En s’acquittant d’une de ses promesses, le Nigeria a offert à peu de frais une assurance tout risque à son ancien ministre de l’agriculture dans la dernière ligne droite de l’élection », observe une source non régionale au sein de l’institution.

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Si les assemblées annuelles n’ont pas donné lieu à un coup de théâtre, comme le redoutaient certains proches du président et comme l’espérait une frange du personnel de la banque, il y a en revanche eu « de sérieuses remontrances en coulisses sur la gouvernance et de nombreux appels à réformer urgemment » la BAD, explique la source précédemment citée, au fait des discussions tenues à huis clos. Si, en dépit de l’affaire, la banque a réussi à conserver son triple A auprès des agences de notation, sa réputation en a pris un coup. La réélection de M. Adesina « est l’épilogue du feuilleton », estime notre source : « Il a maintenant les coudées franches et cinq ans devant lui pour s’occuper des économies du continent, qui subissent de plein fouet les conséquences de la pandémie. »


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