Economie

Au château de Brissac, le duc guette le retour des visiteurs

Sept étages, 204 pièces : faire vivre cette ancienne forteresse, dont il a hérité il y a trente ans, « c’est une vie non-stop », affirme Charles-André de Cossé-Brissac, ici avec son épouse, Larissa le 5 juillet.

« C’est là qu’on saura si on passe l’hiver ou non. » Charles-André de Cossé-Brissac se fait grave. La trésorerie de son château, qui a rouvert le 13 juin, se joue dans cette période-clé, au cœur de l’été. Assis sur une chaise en fer forgé, le quatorzième duc de Brissac observe l’entrée du parc au loin, salue d’un sourire discret les visiteurs qui montent les marches. Depuis la réouverture, ils reviennent petit à petit : début août, le château avait accueilli plus de 10 400 personnes. Mais l’année 2020 sera loin, très loin, des 60 000 entrées annuelles.

Charles-André de Cossé-Brissac est l’héritier de cette forteresse édifiée au XIsiècle par Foulques Nerra, et reconfigurée à la Renaissance. Sa famille en est propriétaire depuis l’an de grâce 1502. L’édifice, haut de sept étages, est réputé pour être le plus élevé des châteaux de la Loire. Il est situé à une dizaine de kilomètres du fleuve royal, perché sur un coteau de calcaire et de schiste où le cabernet-franc et le chenin s’épanouissent au soleil, irrigués par l’Aubance. La commune qui lui sert d’écrin, Brissac-Quincé, est elle-même située à une quinzaine de kilomètres d’Angers.

Un gouffre financier

Les Danses hongroises de Brahms résonnent sur la terrasse. Le châtelain extirpe son portable de sa poche. C’est Larissa, son épouse. Née à Vienne, elle a fait une carrière de danseuse au Royal Ballet de Londres. Il l’a séduite en lui apprenant le français. « Est-ce que tu pourrais t’arrêter à Hyper U pour prendre des boudoirs à la rose ? C’est pour servir avec le rosé. » Tout à l’heure, le couple accueille des rosiéristes venus de Doué-la-Fontaine. Ils ont décidé de dédier une de leur création au château de Brissac. Charles-André a accepté, comme toujours.

L’édifice de 204 pièces et 18 cheminées est un gouffre financier, et le duc se démène sur tous les fronts. Marché de Noël, chasse aux œufs de Pâques, carnaval vénitien, concours floral, compétition internationale de montgolfières, vente du vin de la propriété, réceptions, chambres d’hôtes, rien n’est jamais superflu. Surtout cette année, où plus de la moitié des événements ont dû être annulés.

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Le château, le duc en a hérité à l’âge de 26 ans, son père, François-Eugène, n’avait lui-même que 7 ans quand le grand-père, un polytechnicien accaparé par ses affaires parisiennes, lui a transmis le flambeau. Grand, svelte, le regard clair et le crâne légèrement dégarni, le maître des lieux, 57 ans, n’a pas vraiment eu le temps de profiter de sa jeunesse. Un diplôme d’école de commerce, un premier poste dans l’armement, direction la Nouvelle-Zélande. « On m’a envoyé là-bas au moment de l’affaire du Rainbow Warrior, s’amuse-t-il. Autant dire que je n’ai pas vendu le moindre pétard mouillé. » Le château l’attendait, il le savait. « C’était tellement évident que je n’y pensais jamais. Le fruit a mûri, il est tombé naturellement dans la corbeille. » C’était l’aîné des garçons, son frère voulait piloter des hélicoptères et ses sœurs rêvaient d’ailleurs.

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