Economie

« Maintenant, je vis pour travailler »

Le logo de l’opérateur de services Derichebourg, devant le siège de l’entreprise, le 13 mai 2020, à Blagnac, près de Toulouse.

Avant, lorsqu’elle voyait à la télévision les témoignages de salariés contraints de cumuler plusieurs emplois pour s’en sortir, Pauline (le prénom a été modifié) trouvait ça « dingue de devoir en arriver là ». « Je trouvais ça courageux mais je ne me sentais pas concernée », poursuit la jeune femme de 35 ans, qui est aujourd’hui serveuse dans une pizzeria en plus de son contrat à durée indéterminée chez Derichebourg Aeronautics services, un sous-traitant d’Airbus, à Blagnac.

Le 12 juin, son entreprise a signé avec Force ouvrière (FO), le syndicat majoritaire, un accord de performance collective (APC), qui consacre une baisse de rémunération contre la sauvegarde de l’emploi jusqu’en 2022, sous réserve du maintien des dispositifs d’aide de l’Etat. Pour Pauline, cet accord implique une baisse de salaire de 500 euros net par mois, soit un quart de ses revenus. Afin de maintenir son niveau de vie, et de rembourser son prêt immobilier mensuel de 700 euros, la jeune femme travaille désormais sept jours sur sept, quarante-cinq heures par semaine. « Maintenant, je vis pour travailler », résume la trentenaire qui a quitté le Nord, sa famille et ses amis il y a dix ans, pour venir s’installer près de Toulouse où elle pensait profiter d’un emploi stable.

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Créés par les ordonnances Macron de 2017, et entrés en vigueur le 1er janvier 2018, les accords de performance collective autorisent la modification du salaire, du temps de travail et de la mobilité au nom de la préservation de l’emploi. Ces accords doivent être signés par les syndicats majoritaires ou approuvés par référendum des salariés. Présentés comme un moyen de sauvegarder l’emploi, les APC laissent pourtant craindre une dynamique de moins-disant social, sans garantir l’absence de licenciements à plus long terme.

Selon les chiffres du ministère du travail, 371 acccords de performance collective ont été votés depuis leur instauration. Avec la crise économique induite par l’épidémie de Covid-19, ces accords se multiplient. Derichebourg, Valeo, ADP, Ryanair, BVA, LISI… Ces derniers mois, une quinzaine d’entreprises ont voté des APC ou sont en phase de négociation pour le faire. Tous les secteurs sont concernés, et en particulier ceux de la plasturgie, de la métallurgie et des transports routiers, rapporte au Monde le ministère du travail.

Dilemme

Dans son interview du 14 juillet, Emmanuel Macron avait incité les salariés à accepter ces accords afin de relancer l’économie :

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