Economie

« Le défi du XXIe siècle est d’assurer le bien-être de tous dans le respect de la biosphère »

Projet écologique italien de biosphère immergée, à Noli (Italie), le 20 septembre 2015.

Dans sa déclaration de politique générale, le 15 juillet à l’Assemblée nationale, le premier ministre, Jean Castex, a souhaité que la France s’engage dans la voie de la « croissance écologique », terme préféré à celui de « décroissance ». Emmanuel Macron et Bruno Le Maire nous invitent à refonder notre modèle économique. Mais aucun des trois ne propose de moyen concret de le faire. La « croissance écologique » rejoindra-t-elle « croissance verte », « agriculture raisonnée » et « développement durable » dans le grand bazar des oxymores forgés depuis trente ans pour concilier l’inconciliable : continuer sur la lancée de la croissance et ne pas détruire la planète ?

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Plus que jamais, il nous faut écouter Kenneth Boulding (1910-1993) : « Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou soit un économiste. » C’est bien en effet du côté des dogmes de l’économie qu’il faut chercher la source de la folie : l’illusion que tout est commensurable avec tout par le truchement d’une unique unité de compte, la monnaie. Jean-Pierre Dupuy ne disait pas autre chose, dans les colonnes du Monde, à propos de la valeur de la mort.

Seule évidence qui puisse donner consistance au concept de croissance écologique : il faut découpler le développement des relations humaines essentielles à notre bien-être, dans lesquelles le travail demeure pour longtemps un élément structurant, d’avec la consommation d’énergie fossile et de matières premières non renouvelables, à la source de la destruction programmée de la planète. Le défi du XXIe siècle est d’assurer le bien-être de tous dans le respect de la biosphère, en mobilisant pour cela tout le travail et toute la créativité humaine. C’est littéralement la définition que donnait, au XVIIIe siècle, le grand botaniste, Carl von Linné, de « l’œconomie » : les règles (nomoï) de gestion de notre espace domestique (oïkos).

Monnaie à part entière

Tant qu’on utilise la même unité de compte et le même moyen de paiement pour ce qu’il faut développer, l’échange humain et le travail, et ce qu’il faut réduire, la consommation d’énergie fossile, notre véhicule économique a une seule pédale pour le frein et l’accélérateur. On peut invoquer l’innovation, la géo-ingénierie, les miracles présumés de la science et de la technique, ça ne marchera jamais.

Depuis trente ans qu’on tire le signal d’alarme, seules les crises économiques – crise financière de 2008 ou pandémie de 2020 – freinent la consommation d’énergie fossile au niveau mondial. Belle illustration du couplage parfait entre « croissance » et « destruction de la planète ». Et si, depuis qu’on en dénonce les défauts – et que l’on cherche à promouvoir de nouveaux indicateurs de richesse –, le PIB ne s’est jamais aussi bien porté, c’est qu’il reflète parfaitement l’aporie de la pensée économique actuelle.

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