Economie

quand Jeff Bezos ne cède pas au chantage

Quand un grand patron divorce, les actionnaires s’affligent. Moins par empathie que par crainte des conséquences sur le business. Alors, imaginez l’émoi des investisseurs lorsque le couple qui se sépare est le plus riche du monde, à la tête d’une fortune évaluée à 137 milliards de dollars. La rupture entre Jeff et MacKenzie Bezos, mariés depuis vingt-cinq ans, promettait de faire valser les milliards et pleuvoir les révélations. Grand déballage il y eut ; mais pas celui que l’on imaginait.

Début janvier 2019, le couple Bezos annonce sa séparation. Aux Etats-Unis, le tabloïd conservateur The National Enquirer complète aussitôt l’information en publiant une série de SMS explicites échangés par Jeff Bezos et Lauren Sanchez-Whitesell, ancienne star du réseau Fox. Irrité mais, aussi, intrigué, le fondateur d’Amazon mandate un détective privé, qui est rapidement amené à s’intéresser aux liens entre l’hebdomadaire conservateur et l’Arabie saoudite.

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Quelques mois auparavant, l’opposant Jamal Khashoggi a été odieusement assassiné à Istanbul dans les locaux du consulat saoudien. Or, le Washington Post, propriété de Jeff Bezos, et dont la victime était un collaborateur régulier, enquête activement sur cette sombre affaire. En février, le rédacteur en chef du National Enquirer adresse un e-mail à Jeff Bezos. Il enjoint à celui-ci d’admettre publiquement que les informations divulguant sa vie privée n’ont aucune motivation politique. Au passage, il lui conseille de modérer l’intérêt du Post pour les affaires saoudiennes. Dans le cas contraire, le tabloïd publiera une série de selfies dits « en dessous de la ceinture ».

Coût personnel

Suit la description par le menu de ces fameux clichés, qui ne laissent aucun doute sur la vigueur anatomique de Jeff et la nature de ses relations avec la capiteuse Lauren. Le patron d’Amazon décide de rendre public le message. « Au lieu de capituler face à l’extorsion et au chantage, j’ai décidé de publier exactement ce qu’ils m’ont envoyé, en dépit du coût personnel et de l’embarras », explique-t-il.

Cette stratégie a pour effet de déstabiliser le National Enquirer. Cet hebdomadaire aux finances précaires, ouvertement pro-Trump, est dans ses petits souliers. Il avait déjà eu maille à partir avec la justice pour avoir, dans des conditions troubles, versé 150 000 dollars à une femme ayant eu une liaison avec l’actuel locataire de la Maison Blanche. Une manœuvre destinée à s’assurer que son témoignage ne serait… jamais publié.

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