Economie

A Londres, la City transformée en quartier-fantôme

Des employés de la City sortent du métro, devant la Banque d’Angleterre, jeudi 6 août.

Mercredi 5 août, Mark (qui n’a pas souhaité donner son nom), dont les bureaux sont proches de la Banque d’Angleterre, au cœur de la City, était de retour à son poste pour la première fois en presque cinq mois. « A mon étage, on est normalement trois cents. Aujourd’hui, on était deux. » Dans sa grande société informatique, qui fournit des services aux banques, tout est pourtant en place pour rassurer les salariés : prise de température à l’entrée, système de circulation en sens unique, port du masque obligatoire pendant les déplacements à l’intérieur du bâtiment… Mais pour l’instant, personne ne revient, ou presque. Les rues du quartier d’affaires britannique demeure quasiment désertes, dans une ambiance proche du confinement.

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En cette heure de pause-déjeuner, les restaurants sont vides. Dans la sandwicherie locale, neuf des dix caisses sont fermées. Au Royal Exchange, un bar situé dans l’ancienne Bourse de Londres, sept clients paraissent perdus au cœur de l’immense hall.

A contre-courant des grandes villes

Depuis lundi 3 août, les consignes du gouvernement britannique ont pourtant changé. Après avoir conseillé officiellement aux personnes qui le pouvaient de travailler de chez elles, les autorités laissent désormais le choix aux entreprises de faire revenir leurs employés dans les bureaux – dans les limites de la distanciation sociale. Pour l’instant, l’immense majorité d’entre elles préfère ne pas mettre la pression. « Notre direction nous laisse le choix, continue Mark, 33 ans. Et il n’y a aucun calendrier prévu pour notre retour. » Un courtier d’une grande banque européenne confirme. Ses clients, des fonds d’investissement, ne parlent pas d’un retour au bureau avant la rentrée, voire en 2021 seulement.

Londres est désormais à contre-courant des grandes villes européennes. Seuls 31 % des employés de bureaux sont retournés sur leur lieu de travail, contre 74 % en Ile-de-France et 76 % à Berlin, selon une étude menée par Morgan Stanley. La capitale britannique offre donc un étrange spectacle : des banlieues résidentielles pleines, avec des bars et restaurants combles, et des quartiers d’affaires du centre-ville fantomatiques, que les vacances d’août n’expliquent que très partiellement.

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La situation est frappante à Canary Wharf, l’autre grand quartier d’affaires dans l’est de la ville, où dominent les hautes tours des grandes banques. Dans l’immense hall d’entrée de HSBC, des gardiens en gilets fluorescents errent désœuvrés. En face, le cabinet d’audit KPMG est de même désert. Des entrées séparées ont été organisées en fonction de l’étage où chacun travaille et les fauteuils de l’accueil sont condamnés, mais ces précautions sont pour l’instant superflues : il n’y a personne.

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