Economie

« Il n’y a pas de modèle social et fiscal européen, mais un choc entre deux modèles »

Tribune. Ouf ! La réunion des dirigeants des Etats de l’Union européenne (UE) n’a finalement pas accouché d’une souris. Le plan de relance qui vient d’être décidé est une avancée politique et institutionnelle très importante. Elle doit beaucoup au revirement d’Angela Merkel. Qui aurait dit que l’Allemagne allait faire volte-face et accepterait non seulement de mutualiser des dettes mais aussi de promouvoir un mécanisme de subventions entre les Etats membres ? Un tabou est tombé, celui du refus de principe de toute solidarité financière entre les Etats membres face à la crise. Pour autant, cette avancée est à la fois limitée et reste inscrite dans la logique néolibérale actuelle.

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Passons sur l’amputation, notamment en matière sanitaire, d’un budget européen pourtant bien mince et sur le fait que les pays dits « frugaux » aient obtenu que leur participation au budget européen soit encore diminuée. Tout d’abord, cette avancée est limitée par son montant. Car si le chiffre de 750 milliards d’euros apparaît à première vue considérable, il faut toutefois le rapporter aux quelque 15 000 milliards annuels du produit intérieur brut (PIB) de l’UE, à la période de trois ans sur laquelle il sera employé, et à l’importance de la crise à laquelle il va falloir faire face : un trou d’air de l’ordre d’environ 10 % du PIB, soit trois fois plus qu’en 2007-2008. Ce qui paraît considérable sera donc en fait très insuffisant ; cela ne permettra pas plus de sortir de la crise actuelle que, a fortiori, de financer la transition écologique. Il s’agit donc, de ce point de vue, d’un premier pas, mais trop petit, qui devra être suivi de bien d’autres, faute de quoi l’existence de l’euro sera à nouveau menacée. C’est pourquoi il faut espérer que, comme le veut l’adage, il n’y a que le premier pas qui compte…

Mais surtout, ce plan est inscrit dans la logique néolibérale de l’UE, et il l’est même triplement. D’abord, comme ses Etats-membres, l’UE empruntera sur les marchés et sera donc dépendante d’eux et des conditions qu’ils lui consentiront. La Banque centrale européenne (BCE), « indépendante », pièce maîtresse de l’ordre néolibéral, reste la banque des seuls marchés. Elle n’est pas celle des Etats, bien qu’elle tire d’eux son autorité !

Loi de la jungle

Ensuite, dans le diagnostic que ce plan porte : le Nord, « frugal », se cotise et manifeste sa solidarité envers le Sud, dépensier et peu efficace. C’est là se tromper totalement, car le vrai problème reste non traité. La réalité, c’est que le mode de fonctionnement de l’UE, empêchant toute harmonisation vers le haut des règles sociales et fiscales, interdit toute véritable convergence des économies ; aussi l’euro est-il depuis l’origine bâti sur une incomplétude. Une monnaie unique ne peut se construire sans une législation pleinement harmonisée. Faute de cela, c’est la loi de la jungle, celle en l’occurrence du dumping fiscal et social. Faute d’harmonisation, c’est un alignement forcé par le bas qui se profile pour les réticents.

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