Economie

Le secteur touristique espagnol se prépare à un été catastrophique

Une femme devant un magasin de souvenirs à Barcelone le 27 juillet.

En Espagne, l’été s’annonce catastrophique. Après les avertissements de Paris et la quarantaine imposée par le Royaume-Uni, l’Allemagne a recommandé, mardi 28 juillet, de ne pas voyager vers la Catalogne, l’Aragon et la Navarre, assénant un nouveau coup de massue à un secteur touristique qui espérait contrebalancer, en août, un début de saison mis à mal par la pandémie de Covid-19.

La décision de Londres de réimposer, dimanche 26 juillet, sans aucune mise en garde, une quarantaine de deux semaines pour les voyageurs de retour d’Espagne a été particulièrement mal reçue à Madrid. Pour le premier ministre Pedro Sanchez cette mesure « inadaptée » ne s’ajuste pas à la situation sanitaire du pays.

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L’Espagne est « une destination sûre qui s’est préparée et s’est renforcée pour faire face au virus et aux nouveaux foyers », a répété la porte-parole du gouvernement, Maria Jesus Montero. Afin d’éviter le pire, Madrid a essayé de négocier, sans succès, une exception pour les archipels des Canaries et des Baléares, relativement épargnés par le Covid-19.

Mais le Royaume-Uni n’a rien voulu entendre. « On doit prendre des décisions à l’échelle du pays » car il risquerait sinon d’« y avoir des transferts internes à l’Espagne », a réagi, mardi 28 juillet, sur la BBC Simon Clarke, secrétaire d’Etat à la croissance régionale et au gouvernement local.

« Cascade d’annulations »

Les Britanniques constituent le premier contingent de visiteurs étrangers (18 millions en 2019, sur un total de 83,7 millions). Pour la Costa del Sol, en Andalousie, qui compte tout particulièrement sur ces ressortissants, c’est une hécatombe.

Luis Callejón, président de l’organisation patronale hôtelière locale, estime pourtant que toutes les mesures ont été prises pour assurer la sécurité de la clientèle : « Nous avons inclus des assurances qui couvrent d’éventuels frais d’hospitalisation ou de rapatriement. Nous sommes les premiers à ne pas vouloir de contagions. La Confédération espagnole d’hôtels et de logements touristiques a même proposé de tester gratuitement les visiteurs avant qu’ils ne rentrent chez eux. »

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Maria Frontera, présidente de la Fédération des entreprises hôtelières de Majorque, qui a annoncé « une cascade d’annulations dans les prochaines semaines », a demandé au gouvernement Sanchez d’expliquer « que l’évolution de la pandémie aux Baléares est positive » et de parler « des mesures qui ont été prises notamment aux aéroports [prise de température de tous les passagers venant de l’étranger] pour éviter la contagion ». Depuis le 13 juillet, le gouvernement régional a imposé le port du masque dans tous les espaces publics, sauf sur les plages.

L’évolution de l’épidémie est très disparate selon les régions. Le dernier bilan diffusé par le ministère espagnol de la santé rapporte que plus de 1 800 nouveaux cas ont été détectés en moyenne quotidiennement sur les sept derniers jours, pour les deux tiers en Aragon et en Catalogne. Un chiffre qui a plus que triplé en deux semaines. Avec 905 infections supplémentaires enregistrées le 28 juillet, l’Espagne a dépassé la barre des 280 000 cas.

Consternation générale

En Catalogne, au cœur du rebond des nouvelles contaminations, le gouvernement régional a ordonné la fermeture des discothèques et des bars de nuit et imposé un couvre-feu à minuit sur les établissements de jeux, les casinos, les bars et les restaurants.

Voix discordante dans la consternation générale, Fernando Simon, l’épidémiologiste en chef du ministère espagnol de la santé et le responsable du centre d’alertes sanitaires, s’est lui montré « reconnaissant » aux gouvernements belge et britannique de déconseiller les voyages en Espagne. « C’est un problème en moins », a déclaré M. Simon.

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Ses remarques ont été unanimement condamnées par l’industrie touristique. « Totalement inacceptables », a affirmé Exceltur, une autre organisation patronale, qui estime que la quarantaine britannique pourrait coûter 8,7 milliards d’euros en août et septembre au secteur, dont le chiffre d’affaires devrait déjà être divisé par deux en 2020.

L’effondrement du tourisme est une mauvaise nouvelle pour l’Espagne qui comptait sur ce pilier de son économie (12,5 % du PIB, 13 % de l’emploi), pour contrecarrer les effets de la pandémie. Celle-ci a détruit plus d’un million d’emplois au deuxième trimestre et fait grimper le taux de chômage à 15,3 % de la population active, selon l’Institut national de la statistique.

« La saison est foutue, se lamente, résigné, Luis Callejón. Il fallait s’y attendre, un virus qui tue des gens est difficilement compatible avec la joie des vacances. »

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