Economie

le vilain secret de Leicester

Dans une usine de textile au Royaume-Uni, en 2016.

Un peu partout dans le monde, le Covid-19 agit comme un révélateur des dysfonctionnements des sociétés ou des économies. A Leicester, en Angleterre, l’épidémie a remis en lumière un scandale déjà dénoncé à plusieurs reprises ces dernières années, mais contre lequel très peu a jusqu’à présent été entrepris : des milliers de personnes travaillent pour l’industrie textile locale, avec des salaires d’environ 3,50 livres sterling l’heure (3,86 euros), bien moins que le minimum légal (8,72 livres sterling pour les salariés âgés de 25 ans et plus).

Les contaminations repartant fortement à la hausse sur place en juin, le gouvernement britannique a réimposé début juillet un confinement strict dans cette grande ville des Midlands, connue pour sa très forte communauté issue du sous-continent indien (37 % de la population locale). Et il est apparu que cette mesure radicale n’était pas sans rapport avec le fait que les ateliers textiles de l’agglomération avaient continué à fonctionner pendant le pic pandémique, sans aucune mesure de protection pour leurs travailleurs.

Enquête interne

Fin juin, l’ONG « Labour Behind the Label », spécialiste de la lutte contre l’exploitation au travail, a accusé Boohoo, marque britannique de fast fashion, ciblant les 15-30 ans avec des jeans et des robes à 20 livres sterling. Environ « 75 à 80 % de la production textile de Leicester » serait destinée aux entrepôts de Boohoo et de ses autres licences PrettyLittleThing et Nasty Gal, selon l’ONG, qui dit « avoir collecté des informations selon lesquelles on a demandé aux gens de venir au travail même s’ils montraient des symptômes du Covid-19, sinon ils perdraient leur poste ».

Début juillet, un journaliste du Sunday Times s’est fait embaucher quelques heures sans révéler son identité dans un atelier de la ville fabriquant des vêtements Nasty Gal et s’est vu proposer un salaire horaire de 3,50 à 4 livres sterling de l’heure. Il cite dans son article un contremaître de l’atelier qui lui confie : « Partout à Leicester, vous ne trouverez que des ateliers qui payent 3,50 à 4 livres de l’heure. Moi, par exemple, j’ai travaillé des années pour cette industrie, je suis ici depuis cinq ans mais je ne suis toujours payé que 5 livres de l’heure. »

En réaction, la ministre de l’intérieur britannique Priti Patel a demandé à la National Crime Agency (NCA, l’agence nationale de lutte contre le crime organisé), d’enquêter sur des cas d’esclavage moderne à Leicester. Boohoo a annoncé le lancement d’une enquête interne, mais l’action du groupe, coté à Londres, a perdu presque la moitié de sa valeur depuis le 1er juillet, après que son principal actionnaire, Standard Life Aberdeen, a vendu quasiment toutes ses parts et que des distributeurs (Zalendo, Next, Asos) ont pris leurs distances, déréférençant les vêtements de la marque.

Il vous reste 64.05% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page