Economie

« Une économie des choix moraux »

Tribune. Si le principe de rationalité donne aux individus toute justification pour se comporter égoïstement, nombreux sont ceux qui ne résistent pas à une sollicitation de don, même si la cause les indiffère, ou encore renoncent à exploiter une opportunité de s’enrichir aux dépens d’autrui. En effet, même sans préférence intrinsèque pour la moralité, la préoccupation de se percevoir, et d’être perçus, comme des personnes moralement « bonnes » habite la majorité des citoyens. Afin de mieux comprendre la prise de décision face à des choix qui génèrent des effets positifs pour soi mais éventuellement négatifs pour les autres – ce que les économistes appellent « externalités » –, les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux stratégies mises en œuvre par l’individu pour engranger les bénéfices de ses choix égoïstes… sans pour autant être perçu comme un être sans morale ! Mieux comprendre la prise de décision en présence de dilemmes moraux est une étape essentielle pour concevoir des politiques efficaces dans des domaines aussi divers que l’environnement, la lutte contre la fraude ou l’encouragement aux dons.

« Marge de manœuvre morale »

Alors que nous sommes censés toujours chercher à être mieux informés, la recherche récente montre que l’ignorance peut être utilisée stratégiquement pour atténuer sa responsabilité et réduire le « coût moral » de ses choix égoïstes. Après tout, qui force le consommateur à s’interroger sur les émissions polluantes de ses déplacements ou sur le bien-être animal lorsqu’il surconsomme de la viande à bas prix ? Des expériences en laboratoire montrent comment l’incertitude sert à se créer une « marge de manœuvre morale ». Le soupçon de détournement des dons à une association caritative sert par exemple d’excuse pour ne pas donner. En revanche, les choix sont moins égoïstes quand leurs conséquences sur autrui sont transparentes. Eviter de s’informer réduit par ailleurs le risque de sanction par les pairs quand une décision égoïste est prise dans l’incertitude plutôt qu’en connaissance de cause.

Eviter d’avoir l’information n’est pas si difficile. La façon dont on lit la presse est loin d’être neutre. Une étude suédoise révèle ainsi que plus le taux de réfugiés dans une municipalité est important, moins les habitants de cette commune consultent des articles de presse en ligne sur les demandeurs d’asile − surtout si ces articles manifestent de l’empathie pour les migrants.

On oublie ses actes égoïstes et ses échecs, et on se remémore davantage ses actes désirables et ses réussites

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