Economie

« Rétablir la cathédrale de Viollet-le-Duc, sur la base des plans et dessins qu’il a laissés, revient à arrêter le temps »

Tribune. Le 9 juillet dernier, l’Elysée annonçait que « Le président de la République a[vait] acquis la conviction qu’il était nécessaire de restaurer Notre-Dame de façon la plus conforme à son dernier état complet, cohérent et connu », et qu’il s’était rangé aux avis des experts préconisant de « reconstruire la flèche à l’identique ».

Restauration ou reconstruction ? Les deux termes ne sont pas équivalents dans le vocabulaire de l’histoire de l’art et du patrimoine. Le premier renvoie aux pratiques et dispositifs de conservation d’un monument, visant à évaluer son état et à intervenir, le cas échéant, pour réparer les détériorations constatées et en prévenir d’autres. La restauration s’inscrit dans une continuité : le monument, quoique dégradé, existe déjà. Il s’agit de le préserver, d’assurer son entretien, de permettre qu’il perdure.

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La reconstruction renvoie à tout autre chose et pose des problèmes différents. Elle suppose la destruction (en tout ou partie) de l’objet. Elle naît d’une discontinuité que l’on cherche à résorber, puisqu’il s’agit de re-construire, c’est-à-dire de renouer, d’une manière ou d’une autre (même si c’est pour faire « tout autre chose »), avec ce qui n’est plus. Quel rapport y a-t-il entre l’objet nouveau et ce qu’il est censé « remplacer » ? C’est bien la question que soulevait, après l’incendie du 15 et 16 avril 2019, l’annonce présidentielle de « reconstruire Notre-Dame ».

Un choix sans doute aussi – d’abord ? – politique et pragmatique

Restauration et reconstruction ? L’emploi conjoint des deux termes par l’Elysée traduit une certaine confusion, sans doute inévitable compte tenu de l’état du monument. Il faut restaurer et reconstruire : des parties de Notre-Dame ont été détruites, d’autres endommagées à des degrés divers, de sorte que les deux opérations seront concomitantes, voire mêlées, certainement difficiles à distinguer l’une de l’autre dans certains cas.

Mais la confusion vient aussi d’une ambiguïté – délibérément entretenue ? – due au sens courant du mot « restauration » : restaurer, c’est rétablir, remettre en place, restituer dans son état d’origine. En ce cas, « restaurer Notre-Dame » et « reconstruire à l’identique » signifient la même chose : rendre au monument défiguré son identité. Quelle est-elle ? Il suffit de revenir à l’instant précédent l’incendie pour la trouver : « son dernier état complet, cohérent et connu ».

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