Economie

« Pourquoi les filles sont-elles moins payées que les garçons ? »

Tribune. Les inégalités salariales persistantes entre femmes et hommes sur le marché du travail s’expliquent en grande partie par le choix des filières d’études lors de leur scolarité. Les inégalités salariales apparaissent en effet dès l’entrée sur le marché du travail. Le constat est le même pour les diplômés des grandes écoles.

L’analyse des choix effectués par l’ensemble des étudiants inscrits dans le système universitaire français confirme que les femmes et les hommes ont tendance à faire des choix d’études assez différents. Les hommes sont davantage représentés dans les filières les plus rémunératrices, notamment les métiers liés aux sciences et à l’ingénierie.

De nombreuses raisons permettent d’expliquer les différences de genre observées dans ces choix individuels. Ceux-ci sont le résultat d’une combinaison de goûts, d’aspirations et de croyances quant aux chances de réussite dans une discipline, ainsi que des informations dont les étudiants disposent lorsqu’ils décident de leur orientation.

Les femmes aussi ambitieuses que les hommes

Comment les stéréotypes de genre influencent-ils ces différents éléments ? Si les choix sont assez facilement observables grâce aux données des inscriptions administratives, il est plus compliqué de mesurer les aspirations des étudiants. Des données d’enquête permettent de quantifier des éléments plus qualitatifs, en montrant par exemple que les femmes ont, en moyenne, des raisons plus diversifiées que les hommes de faire des études supérieures : si elles sont aussi ambitieuses que les hommes, la réussite scolaire et professionnelle est moins souvent leur unique priorité.

Ensuite, les économistes utilisent des méthodes expérimentales (expériences naturelles ou contrôlées). L’économiste Michela Carlana a par exemple observé les biais implicites d’enseignants en Italie, grâce à un test élaboré par des chercheurs d’Harvard qui mesure à quel point un individu associe les hommes avec les sciences et les femmes avec les lettres. La chercheuse montre que les filles ayant eu un enseignant associant fortement les sciences avec les hommes ont tendance à moins bien réussir en mathématiques et à choisir moins souvent des filières scientifiques. En particulier, elles ont tendance à avoir moins confiance en elles (« Implicit Stereotypes : Evidence from Teachers’ Gender Bias », Michela Carlana, The Quarterly Journal of Economics n°134/3, août 2019).

C’est ainsi que se forment des prophéties autoréalisatrices : le fait qu’il y ait moins de femmes en sciences génère le stéréotype que les hommes seraient meilleurs en sciences et les femmes meilleures en lettres. Or, ces stéréotypes ont un impact sur la confiance des filles dans leurs chances de réussite dans les matières scientifiques. Elles choisissent ainsi moins souvent des carrières en sciences, qui pourtant mènent vers de meilleures perspectives de carrière sur le marché du travail que de nombreuses filières littéraires.

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