Economie

« De l’utilité sociale des sites de rencontres »

Tribune. Les utilisateurs de Meetic, Tinder et consorts se comptent désormais par centaines de millions. Beaucoup s’en effraient, ne retenant qu’abus et escroqueries, tandis que d’autres n’y voient qu’un exemple des maux et dérives de la société moderne. Ces sites de rencontres ont pourtant une grande utilité sociale.

La rencontre en ligne apporte une nouvelle façon de nouer une relation éphémère ou durable. Elle s’est ajoutée aux occasions traditionnelles de trouver un partenaire dans son entourage : milieu professionnel, cercle familial, réseau d’amis, bars, concerts, etc. Ces occasions perdent même de leur importance. Aux Etats-Unis, un mariage récent sur trois a débuté par une première rencontre en ligne, et cette proportion augmente chaque année.

On pourrait voir en cela une substitution sans grande conséquence pour la société, à l’instar de l’achat de livres sur Internet plutôt qu’en librairie. Eh bien non ! En comparaison des formes traditionnelles, les mariages consécutifs à une première rencontre en ligne durent plus longtemps, se concluent par moins de divorces et réunissent plus souvent des couples de religions ou de couleurs de peau différentes.

Allergiques au gluten ou qui aiment les chiens…

Les plates-formes en ligne permettent en effet de sortir d’un milieu souvent homogène et d’élargir considérablement le nombre de partenaires potentiels. Du coup, les chances de rencontre d’un partenaire plus proche de ses préférences sont multipliées. C’est évident pour les personnes dont les inclinations sont moins partagées – et donc forcément moins répandues dans leur entourage proche. Aux Etats-Unis toujours, 70 % des homosexuels rencontrent leur partenaire en ligne. Il existe aussi des sites spécialisés qui mettent en relation des individus allergiques au gluten ou qui aiment les chiens…

Trouver l’âme sœur n’est pas seulement facilité par le très grand nombre de contacts possibles. La connaissance des préférences – les siennes et celles des autres – est indispensable pour la réussite des assortiments, pour un bon matching. Lorsqu’elles sont parfaitement connues, la théorie économique montre que la formation des couples est optimale.

Eh oui, les économistes se sont aussi intéressés au mariage, et même les plus grands d’entre eux comme Gary Becker et Lloyd Shapley, tous deux lauréats du Nobel. Soient N hommes et N femmes, quelle est la meilleure affectation ?, se demandent ces économistes. Pour le premier, c’est une affaire de complémentarité : l’âme sœur est celle qui maximisera le gain d’une vie en commun avec enfants, maison et voiture. Pour le second, c’est une affaire de rivalité, mais chacun finit par trouver chaussure à son pied dès lors qu’aucun couple formé ne s’en sort moins bien que ses membres pris individuellement. Dit autrement, l’un et l’autre auraient sans doute préféré un partenaire encore plus désirable, mais celui-ci ne les aurait pas acceptés.

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