Economie

Wirecard, la faillite des régulateurs, la revanche des spéculateurs

Les locaux d’une filiale de Wirecard à Vienne, le 1er juillet.

Au téléphone, Fraser Perring se montre d’excellente humeur, malgré le confinement encore en cours au Royaume-Uni. Il y a quelques jours, c’était payday (« jour de paye ») pour ce spéculateur boursier.

Avec la faillite spectaculaire de l’allemand Wirecard, fin juin, il a empoché une coquette somme d’argent, dont il ne veut pas révéler le montant. La récompense n’est pas que financière. « La vérité sort enfin. Et la BaFin [le gendarme allemand de la finance] a sa leçon. Ils m’ont poursuivi pendant des années comme un criminel au lieu d’enquêter sur les informations que nous avions mises au jour dans un rapport dès 2016 et qui étaient exactes à 100 %. C’est incompréhensible. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Le scandale financier Wirecard, une affaire Enron version allemande »

Fraser Perring est un curieux personnage. Sur son compte Twitter, sa photo est un dessin de lui tenant une épée, vêtu d’une cotte de mailles et d’une armure. A côté de son nom, la mention « grand manitou des shorts “criminels” ». Une description évidemment ironique pour celui qui se voit comme une sorte de chevalier vertueux des marchés, mais pas don Quichotte pour autant. Pour avoir parié sur la chute de Wirecard, il a décroché le pactole, quand tous les autres ont perdu avec la faillite de la fintech spécialiste des paiements électroniques.

L’action de Wirecard, membre du prestigieux indice boursier DAX depuis septembre 2018, valait 104 euros mi-juin 2019. Elle oscille aujourd’hui autour de 3 euros

M. Perring est un short seller, ou « vendeur à découvert ». Son métier consiste à flairer les faiblesses d’une entreprise qui lui semble surcotée – mauvais résultats à venir, possible escroquerie… –, et de parier sur la baisse de son cours de Bourse.

Pour ce faire, il n’achète pas l’action, il l’emprunte pour la revendre à terme lorsque le prix est plus faible, en réalisant une plus-value. Une activité hautement spéculative, que le cinéma américain a immortalisée dans le film The Big Short. Le casse du siècle (2015), à partir du best-seller du même nom de Michael Lewis, paru en 2010, qui se passe à la veille de l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis.

Au total, les short sellers contre Wirecard comme M. Fraser ont touché au moins 2,4 milliards d’euros, en misant sur la chute de l’entreprise, dans ce qui est aujourd’hui l’un des plus grands scandales financiers de l’histoire de l’Allemagne.

« Trou » de 1,9 milliard d’euros dans la trésorerie

L’action de Wirecard, membre du prestigieux indice boursier DAX depuis septembre 2018, valait 104 euros mi-juin 2019. Elle oscille aujourd’hui autour de 3 euros. Le groupe s’est effondré après l’annonce spectaculaire d’un « trou » de 1,9 milliard d’euros dans sa trésorerie, qui a justifié le refus du cabinet comptable EY de certifier son bilan 2019.

Il vous reste 70.65% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer