Economie

L’Europe prise en étau dans la bataille du gaz entre Moscou et Washington

L’« Akademik-Cherskiy », un navire russe qui pourrait servir à achever la construction du gazoduc Nord Stream 2, dans le port de Mukran (nord-est de l’Allemagne), le 7 juillet.

Il faut apprécier le paradoxe : 94 % du gazoduc Nord Stream 2, qui relie la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique, est désormais construit. Pourtant, sous la pression américaine, celui-ci risque de ne jamais entrer en opération. En juin 2020, quatre sénateurs américains ont présenté un texte de loi censé faire monter d’un cran les sanctions contre le projet. Plus de 120 entreprises européennes – principalement allemandes, mais aussi françaises – pourraient être visées pour leurs activités sur le Vieux Continent.

Ce gazoduc de 1 200 kilomètres de long doit acheminer 55 milliards de mètres cubes de gaz par an en Europe et devait être initialement terminé fin 2019. Le tuyau sera exploité par le géant russe Gazprom, mais il est cofinancé par cinq groupes européens, dont le français Engie, pour un coût total de 9,5 milliards d’euros.

Depuis son origine, il est soumis à de vives critiques, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union européenne (UE). Plusieurs pays, notamment la Pologne, accusent la Russie de chercher à accentuer sa mainmise gazière sur le continent. Le projet est aussi perçu comme une mesure de rétorsion politique de la part de Vladimir Poutine vis-à-vis de l’Ukraine, par où transite aujourd’hui la majorité du gaz importé de Russie. Officiellement, c’est pour cette raison que les Etats-Unis s’y opposent.

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En dépit des obstacles, le consortium qui bâtit le gazoduc avait presque réussi son pari : le tuyau est quasiment terminé. C’était compter sans la persévérance des Etats-Unis, qui ont voté en décembre 2019 un premier volet de sanctions très précises. En visant spécifiquement le navire suisso-néerlandais qui pose les tuyaux, le Congrès a mis un coup d’arrêt au chantier. Depuis six mois, les travaux sont bloqués, et le géant russe Gazprom a engagé une course contre la montre pour trouver un moyen de contourner ces sanctions.

  • L’UE divisée et hésitante

C’est justement pour éviter une reprise du chantier que les Etats-Unis pourraient en venir à durcir les sanctions, en s’en prenant cette fois à tous ceux qui y collaborent. Pour la première fois, des entreprises européennes œuvrant sur le sol européen sont susceptibles d’être visées. « Le premier volet de sanctions a bien ralenti le projet, mais ne l’a pas achevé », souligne le géoéconomiste Nicolas Mazzucchi, de la Fondation pour la recherche stratégique. « Le deuxième volet élargit considérablement le périmètre des sanctions, en ne s’attaquant plus seulement aux sociétés participantes, mais aussi aux autorités portuaires. On cible le territoire européen. »

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