Economie

Dans le Calvados, le malaise social des éboueurs de la Coved

A Caen, en mars 2013.

« Une décision pleine de bon sens ». Voilà comment la CGT a salué, jeudi 8 juillet, le choix de la communauté de communes Cœur de Nacre (Calvados) de ne plus confier la collecte des déchets à la société Coved à partir du 1er janvier 2021. L’examen des appels d’offres pour ce marché public, renouvelé tous les cinq ans, est intervenu dans un contexte tendu dans plusieurs dépôts normands de l’entreprise.

Le 5 juin, l’un de ses éboueurs, Stéphano Patry, 47 ans, se donnait la mort chez ses parents, en tenue de travail. A ses pieds, la lettre de licenciement reçue la veille. L’entreprise lui reprochait son état d’ébriété pendant une collecte, mi-mai.

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Ses collègues ont aussitôt dénoncé une décision inique contre un salarié qui, en vingt-six ans de métier, « avait toujours bien fait son boulot ». Symbole pour eux d’une « gestion inhumaine » chez Coved, qui a remporté plusieurs marchés locaux de collecte en 2015. Depuis, 25 salariés sur un effectif de 33 ont quitté l’entreprise, selon les syndicats, un « turnover » signe d’un « climat délétère ».

Les éboueurs ont fait une première journée de grève le 19 juin, une seconde le 3 juillet. Le directeur général de Coved, Stéphane Leterrier, y a vu « une récupération lamentable, indécente et pathétique » du suicide de M. Patry, évoquant une manipulation des éboueurs par la CGT et un conflit très localisé.

« Réveillez-vous, les gars, ne vous laissez pas faire »

Mais le 3 juillet, le père et le frère de Stéphano Patry sont venus sans hésiter apporter leur soutien à ses collègues en grève au dépôt de Giberville. « S’habiller en tenue pour s’ôter la vie n’est pas anodin. Ça dit : vous m’avez poussé à bout et vous en assumerez les conséquences », témoigne Pablito Patry, dont les parents ont porté plainte contre Coved pour homicide involontaire – ce que confirme au Monde la procureure de la République de Caen, Amélie Cladière.

Leurs griefs ? Des équipements de protection qui font défaut, des véhicules en panne, des tournées seul derrière la benne plutôt qu’à deux

« C’est un message pour nous dire : réveillez-vous, les gars, ne vous laissez pas faire », estime également Donovan, rippeur de 24 ans. En 2017, après le rachat de Coved par la société Paprec, ses collègues et lui avaient déjà fait deux semaines de grève. En vain.

Leurs griefs ? Des équipements de protection qui font défaut, des véhicules en panne, des tournées seul derrière la benne plutôt qu’à deux : « J’ai fait 11 tonnes de déchets seul, hier, à la main. Quand tu rentres chez toi, le café n’a même pas le temps de couler que tu dors déjà ! » décrit Julien, 32 ans. Et les tournées qui s’allongent : « Avant, on faisait 5 h-13 h. Maintenant, même en faisant 5 h-15 h, on n’arrive pas à boucler les secteurs. » Les riverains déplorent des poubelles non ramassées. « Tout ça avec seulement vingt minutes de pause, qui, depuis Coved, ne nous sont même plus payées ! »

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