Economie

« Le coronavirus illustre le phénomène social de l’expansion de l’univers des risques »

Tribune. La crise du coronavirus révèle d’abord la forte porosité des frontières du risque. C’est quand il s’échappe du domaine sanitaire pour s’étendre au domaine économique et financier, puis devenir un risque de nature sociale voire politique qu’il accomplit lui-même sa mue. Le risque mute alors en une incertitude radicale face à laquelle la prévision, qui peut jouer en temps ordinaire le rôle de réducteur d’incertitudes attendues, se retrouve démunie.

Les références à des chocs antérieurs, qui seraient autant de points de repère, font défaut, et seuls des ordres de grandeur, plus qu’une prévision précise, peuvent alors être raisonnablement délivrés. Ce sont ces ordres de grandeur qui interrogent alors la possibilité de mutation du risque. Plus qu’à rechercher d’hypothétiques exemples de chocs antérieurs à la genèse similaire, le travail de la prévision va chercher à repérer les mécanismes qui peuvent se mettre en place à la suite d’un choc récessif quelle qu’en soit l’origine.

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Parce qu’une récession est une perte de revenus partagée entre les agents économiques, elle se traduit par des transformations dans les comportements, en particulier en ce qui concerne les choix d’investissement ou d’embauche de la part des entreprises. Le choc économique mute alors en risque social d’exclusion croissante.

L’exemple révélateur de l’Italie

C’est également le processus même d’accumulation, à l’origine de la croissance, qui se grippe et qui vient fragiliser son édifice. Celui-ci était déjà lézardé : la croissance tendancielle, déjà faible avant le passage du Covid, ne sortira pas indemne (du passage) d’un tel choc. C’est la possibilité même de la croissance qui se trouve désormais interrogée.

Dans des sociétés façonnées par plusieurs décennies de croissance, même essoufflée, un nouveau ralentissement qui ferait passer celle-ci en dessous de 1 % par an, ce qui est probable, vient interroger notre édifice social mais également politique, construit sur l’aspiration à la croissance.

L’exemple de l’Italie est révélateur de cette porosité des risques. C’est après que l’horizon de la croissance a disparu au terme d’une dizaine d’années marquées par un recul de la croissance tendancielle par habitant, que les fractures politiques sont devenues béantes. Le choc sanitaire risque d’éloigner encore la péninsule de cet horizon de croissance, tout en laissant un fardeau financier brutalement alourdi.

Interrogations sur le concept de risque lui-même

Parce qu’il accentue le risque économique de stagnation durable des revenus, le choc sanitaire vient heurter, en ricochet, la promesse de croissance sur laquelle nos sociétés se sont construites, accentuant la remise en cause politique. En englobant de multiples dimensions, l’incertitude inattendue initiale devient alors une incertitude fondamentale.

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