Economie

Les Français de plus en plus infidèles à leur banquier

Avez-vous changé de banque principale en 2019 ? A cette question, 5,5 % des sondés répondent affirmativement, selon l’étude de Bain & Company, publiée mercredi 9 juin.

Chaque année depuis 2014, ce cabinet de conseil estime le taux de mobilité bancaire, ou taux « d’attrition », qu’il définit comme le pourcentage de clients ayant quitté l’établissement qui héberge le compte servant à leurs dépenses quotidiennes (paiements par carte, versement du salaire, prélèvement des factures, etc.).

Si le taux global reste modeste, il est en constante progression, passé de 2,5 % en 2014 à 4,8 % en 2018 et 5,5 % en 2019.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le nouvel essor des banques en ligne

Qui séduit les infidèles ? Sans surprise, « ceux qui profitent le plus de cette mobilité accrue sont les banques en ligne disons traditionnelles, comme Boursorama ou ING, mais, phénomène plus récent, les néobanques captent aussi une grande partie des nouveaux clients », répond Julien Bet, associé de Bain & Company. L’étude qu’il a menée estime ainsi à 11 % le gain net annuel de clients en banque principale pour les banques en ligne et néobanques.

A l’inverse, les banques traditionnelles apparaissent comme les perdantes de ces mouvements de mobilité, avec une évolution nette sur l’année de leurs clients en banque principale de – 0,4 % pour les établissements mutualistes et de – 1,4 % pour les banques commerciales.

Ces taux de mobilité bancaire ne sont bien sûr que des estimations, basées sur des sondages et dépendant des définitions de « changer de banque » et de « banque principale » choisies dans l’étude.

Jeunes, riches et mobiles

Qui sont les infidèles ? Les jeunes et les plus aisés. Si toutes les catégories d’âge et de revenus ont vu leur niveau de mobilité progresser entre 2018 et 2019, il apparaît clairement que la mobilité bancaire diminue avec l’âge et augmente avec les revenus.

Lissé sur trois ans, le « taux d’attrition » (taux de perte de clients) est ainsi de seulement 1,2 % chez les 65 ans et plus mais atteint 8,4 % chez les 18-24 ans. Et, tandis qu’il frôle les 10 % (9,9 %) dans les foyers dont les revenus annuels bruts sont d’au moins 80 000 euros, il plafonne à 3,6 % quand ils sont inférieurs à 20 000 euros.

« Même si le taux de mobilité global demeure assez faible, le fait que les plus volatils soient les plus jeunes, donc les clients de demain, et les plus aisés est le signe que les banques traditionnelles doivent prendre le phénomène très au sérieux », souligne M. Bet.

D’autant, poursuit-il, que la crise sanitaire a accéléré les usages des canaux numériques – le confinement représente en la matière « un gain de quatre ans sur la trajectoire d’avant-crise », estime l’étude. Pour avancer ce chiffre, elle se base sur le taux de répondants ayant souscrit numériquement leur dernier produit bancaire : alors qu’il progressait ces dernières années de quatre ou cinq points par an, il a bondi d’une vingtaine de points durant le confinement.

Période charnière

Cette accélération des usages numériques, imposée par les restrictions sanitaires liées au Covid-19, est-elle irréversible ? « Si les prochains mois constituent une période charnière pour les banques avec une incertitude » sur ce point, un retour total à la normale semble peu probable si l’on en croit un autre chiffre de l’étude : la moitié des clients qui, pendant le confinement, ont réalisé à distance des transactions qu’ils effectuaient habituellement en agence entendent continuer.

Lire aussi Malgré le déconfinement, les Français ont continué à épargner sur le Livret A

Difficile de prévoir pour l’heure si ces évolutions des comportements feront bondir le taux de mobilité bancaire en 2020, tempère toutefois Ada Di Marzo, responsable du bureau de Bain à Paris et coautrice de l’étude, « tout dépendra de la façon dont les banques traditionnelles réagiront au phénomène, si elles prendront le train en proposant encore plus de services à distance tout en conservant une qualité de conseil sur des produits à haute valeur ajoutée ».

Autre défi posé aux banques traditionnelles par le contexte sanitaire et économique, ajoute-t-elle : « Seront-elles capables de répondre aux attentes des clients en matière de proposition de valeur sur la gestion de leur épargne, alors que les sommes placées sur les livrets bancaires ont considérablement gonflé ces derniers mois ? »

Service d’aide à la mobilité bancaire

Si ces taux de mobilité bancaire ne sont, forcément, que des estimations, on peut désormais aussi suivre l’évolution des comportements en la matière via un autre chiffre : celui du nombre de mandats de mobilité bancaire.

Ce service gratuit, proposé depuis février 2017, permet au particulier souhaitant changer de banque de confier à l’établissement qu’il rejoint la charge de procéder pour lui aux formalités liées au changement de domiciliation bancaire des opérations récurrentes de son compte courant (virements du salaire, prélèvements des factures d’énergie, etc.). Et, s’il le demande, de clôturer son ancien compte – souhait émis par 60 % des mandants, selon SEPAmail.eu, l’infrastructure de place qui gère les échanges d’informations entre les différents acteurs bancaires impliqués.

L’engagement : que prélèvements et virements récurrents soient domiciliés sur le nouveau compte en maximum vingt-deux jours ouvrés.

En 2019, 1,3 million de mandats de mobilité bancaire ont ainsi été signés, selon SEPAmail.eu, contre 1,1 million en 2017 et 1,2 million en 2018. Attention, ces chiffres ne représentent pas la mobilité bancaire globale, ils n’incluent pas les clients se chargeant eux-mêmes des démarches, sans passer par ce dispositif.


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page