Economie

« Le brexiter Jim Ratcliffe tenté par la France »

Jim Ratcliffe, PDG du groupe de chimie Ineos, au Royal Automobile Club, à Londres, le 10 février.

Pertes & profits. L’un des avantages de la richesse est de pouvoir aplanir certains désagréments de l’existence. Jim Ratcliffe, première fortune du Royaume-Uni, dégustait une pinte de bière dans le célèbre pub de Londres The Grenadier, non loin de Hyde Park. Il se plaignait de l’abandon par Land Rover de la fabrication de son célébrissime Defender, depuis soixante-dix ans le 4 × 4 de tous les safaris africains et des gentlemen farmers écossais. Qu’à cela ne tienne, il construira sa propre version du Defender, et l’appellera, bien sûr, « Grenadier ».

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Ce n’est pas une décision à la légère, quand on est l’un des plus grands chimistes européens de se lancer dans un métier aussi difficile que l’industrie automobile. D’autant plus en cette période de grande difficulté et pour fabriquer l’une des voitures les plus polluantes de la planète, en pleine mobilisation contre le changement climatique. Mais il en faut plus pour ralentir Sir Ratcliffe qui a construit son empire, Ineos, en rachetant des actifs chimiques dont les grands pétroliers et chimistes ne voulaient plus.

Nouveau coup de Jarnac

Ineos Automotive veut donc ressusciter le Defender, dans sa version rustique et traditionnelle. Mais Jim Ratcliffe n’aime pas penser comme tout le monde et ne déteste pas se contredire lui-même au nom d’un pragmatisme qui flirte avec le cynisme. Ardent défenseur et financeur du Brexit, il a déjà menacé par deux fois de quitter le Royaume-Uni pour des cieux fiscalement plus cléments, en Suisse ou à Monaco.

Cette fois, il prépare un nouveau coup de Jarnac pour ses compatriotes. Le brexiter est tenté par la France. Alors que la production du Grenadier était prévue au Portugal pour la carrosserie et dans le Pays de Galles pour l’assemblage, sauvant au passage plus de cinq cents emplois, il vient de tourner casaque en reconnaissant négocier avec le groupe allemand Daimler pour lui racheter son usine française d’Hambach, en Moselle, qui produit les Smart électriques. Ce site modèle, « symbole de la relation industrielle franco-allemande », selon le ministre de l’économie français, Bruno Le Maire, pourrait ainsi passer directement de la production de la voiture la plus petite et écologique au monde à celle d’un monstre d’acier, propulsé par un moteur thermique BMW de six cylindres, à la consommation d’essence stratosphérique. Il faut dire que Daimler a investi lourdement, en 2018, pour convertir l’usine à la production de SUV électriques, ces lointains descendants plus urbains et moins sales du Defender. Ineos gagnerait ainsi deux ans sur ses plans avec un établissement moderne et un personnel formé. Cela vaut bien quelques renoncements…

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