Economie

A Blois, les salariés de Tecalemit Aerospace rechignent à déménager dans la Sarthe

Installée dans l’ombre de l’incinérateur intercommunal, juste en face d’un motel décati, l’usine Tecalemit Aerospace de Blois attire rarement l’attention. Sauf quand elle a annoncé dans la presse locale, juste avant la pandémie, un besoin urgent de recruter 30 opérateurs. En septembre ou octobre, l’usine va fermer. Ses 112 salariés en CDI et leurs machines seront déplacés à Luceau, petit village de la Sarthe où Tecalemit dispose aussi d’une usine, de taille similaire. Il est prévu d’y ériger des bâtiments provisoires, sur un terrain mitoyen.

Au chômage partiel depuis le 15 avril, avec quelques périodes de production çà et là, les salariés ont organisé leur premier rassemblement lundi 6 juillet devant leur usine, avant une assemblée générale le lendemain. Des voitures klaxonnaient en soutien ; un policier des renseignements généraux déambulait parmi des ouvriers intrigués. Lesquels espèrent bien changer le cours des choses. La direction leur a proposé une navette, par bus, pour parcourir 100 kilomètres chaque jour deux fois par jour, avec un temps de trajet décompté du temps de travail. Pendant dix-huit mois.

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Baisser les charges

« Nos deux sites sont très complémentaires en produits, mais assez similaires en process. En fusionnant, on baisse ainsi les charges des structures afférentes aux deux sites. Le but est de passer le cap. Plus vite on arrive à mener ce type de réforme, mieux on pourra traverser cette crise et reprendre en 2021 dans les meilleures dispositions. Nous espérons que tous les salariés nous suivront à Luceau », a déclaré Franck Colcombet, directeur général de Tecalemit Aerospace, quelques jours plus tôt.

« Moi, ça me ferait 1 h 45 de route après une journée de soudage, vous imaginez ? »

« On est nombreux ici à vivre à la campagne, à l’écart de Blois. Moi, ça me ferait 1 h 45 de route après une journée de soudage, vous imaginez ? », note cet ouvrier de 57 ans qui refuse le déménagement. D’autres se demandent comment deux effectifs aux avantages inégaux parviendront à coexister. « Les gars de Luceau ont un treizième mois, des tickets resto et des chèques vacances hérités de leur ancien propriétaire. Chez nous, c’est souvent le smic plus une prime d’équipe à cause de nos horaires décalés. Laquelle risque d’ailleurs de sauter… »

Beaucoup préféreraient un PSE à ce déménagement contraignant : « J’ai mis quinze ans de ma vie dans cette boîte », dit Eric, embauché après une longue période d’intérim. « Je préfère quitter Tecalemit dans de bonnes conditions que de devoir déménager dans un territoire sinistré et me retrouver coincé là-bas, sans opportunité, si l’usine ne parvient pas à se relancer ». Aucun n’imagine une reprise du secteur aéronautique avant 2023, et le site de Luceau n’est pas l’Eldorado : huit licenciements pour motif économique viennent d’y être prononcés.

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