Economie

Valeo met la pression sur ses salariés en France pour réduire ses coûts

A l’usine Valeo d’Etaples (Pas-de-Calais), le 26 mai.

« Eviter des mesures douloureuses pour l’emploi. » C’est, selon les termes de la direction du groupe, l’objectif que s’est fixé l’équipementier français Valeo, en ouvrant, mardi 30 juin, des négociations avec les syndicats. Il souhaite conclure, en septembre, un accord de performance collective en vue « d’une réduction des coûts salariaux français de 10 %, soit 100 millions d’euros ».

« Nous faisons face à une crise incroyable, bien pire que celle de 2008, explique au Monde la direction. Il y a une véritable nécessité de travailler sur la compétitivité de l’entreprise dans le cadre d’un dialogue social constructif. » La crise qui touche la filière automobile est de grande ampleur. Le marché européen pourrait chuter de 25 % en 2020. Valeo – 114 000 salariés dans le monde, dont 14 000 en France et 19 milliards d’euros de chiffre d’affaires – prévoit « une baisse de son chiffre d’affaires de 10 % en moyenne sur les cinq prochaines années », selon un document remis aux syndicats. « Il est donc nécessaire d’adapter nos coûts d’investissement, de R&D, de personnel… en conséquence. » « Notre priorité reste le cash », avertissait déjà, le 24 juin, le PDG de Valeo, Jacques Aschenbroich, dans un entretien au Monde.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le patron de Valeo constate une reprise automobile vigoureuse en Chine et aux Etats-Unis

« C’est une négociation sans tabous », a annoncé le directeur des ressources humaines, Bruno Guillemet, aux représentants du personnel. Et les sujets soumis à discussion en témoignent : jours de congé, flexibilité horaire, incitation aux congés sans solde, gel des salaires, rémunération des ingénieurs et des cadres, montant des indemnités de départ à la retraite ou de licenciement, majoration des heures de nuit, intéressement, etc. Jusqu’aux primes liées aux médailles du travail. Pour le moment, il ne s’agit que « d’axes de travail » sur lesquels la direction souhaite « recueillir les premières réactions et propositions des organisations syndicales ».

« La production est redevenue proche de son niveau d’avant-crise »

« La crise est un effet d’aubaine pour remettre en cause un certain nombre d’accords », estime Pascal Phan, le délégué syndical central de la CFE-CGC. Une analyse partagée par la CGT : « Valeo veut aussi profiter de la crise pour faire de la marge» Selon Olivier Renaglia, le délégué central de la CGT, il y aurait en filigrane une tentative de « revenir sur des accords d’entreprise plus avantageux que la convention collective de la métallurgie ».

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : l’angoisse et les attentes des équipementiers automobiles français

Les syndicats ont aussi des interrogations sur le niveau de l’effort demandé. « La production est redevenue proche de son niveau d’avant-crise », estime M. Renaglia, qui reconnaît toutefois que le développement de nouveaux produits souffre du report ou de l’abandon de projets de la part des constructeurs automobiles. « Pourquoi 100 millions d’euros d’économie et pas 50 millions ou 200 millions ? », s’interroge de son côté M. Phan, qui souligne la difficulté à faire des prévisions d’activité au-delà de quelques mois.

« Pour le moment, aucun engagement de la direction »

Créés par les ordonnances Macron de 2017, les accords de performance collective prévoient, pour un temps limité, des concessions de la part des employés en échange d’engagements sur le maintien ou sur le développement de l’emploi. « Pour le moment, il n’y a aucun engagement de la part de la direction sur des contreparties, souligne M. Phan. S’il n’y a pas d’engagements sur le maintien de l’emploi, sur le fait qu’il n’y ait pas de licenciements pendant une période déterminée et sur la pérennisation de l’activité sur l’ensemble des sites, nous ne signerons aucun accord. »

Pour absorber les conséquences de la crise, Valeo aimerait bénéficier du nouveau dispositif de chômage partiel de longue durée en vigueur depuis le 1er juillet. Il faut toutefois la signature d’un accord collectif et des engagements de la part de l’employeur en termes de maintien de l’emploi. « Il ne faudrait pas que ce soit un moyen de flexibiliser le travail et une manière détournée de faire payer les salariés par l’Etat », avertit M. Renaglia.

Valeo a prévu un rythme de réunions soutenu – la prochaine doit avoir lieu le 17 juillet – pour tenter de trouver un accord. « Au niveau du groupe, le dialogue social est en général d’un bon niveau », reconnaît M. Phan. Mais, au vu des concessions demandées, les contreparties devront être significatives.


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page