Economie

« Il faut annuler le projet de quatrième terminal à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle »

Tribune. Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances, l’a dit lui-même, le 30 avril à l’Assemblée nationale : « Avec un transport aérien qui va être beaucoup moins actif au moins dans les mois et les années qui viennent, la question [de l’extension des aéroports] se pose. » Nous souhaitons répondre à cette question dans le cas du projet de terminal 4 de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle.

Rappelons que ce projet à 8 milliards d’euros prévoit la construction d’un nouveau terminal qui accueillerait de 35 à 40 millions de passagers supplémentaires par an, l’équivalent du trafic de l’aéroport de Paris-Orly. Est-ce vraiment une bonne idée ? Il est sérieusement permis d’en douter.

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Sur le plan climatique d’abord. La croissance du trafic aérien que permettrait une telle infrastructure ferait croître les émissions de gaz à effet de serre (GES) de Roissy de plus de 40 %, ce qui est incompatible avec la loi de transition énergétique pour la croissance verte (2015) et avec l’engagement de la France d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, issu de la loi énergie-climat de novembre 2019.

Des faux-semblants en guise de solution

Ces émissions ne se limitent pas, en effet, comme le prétend le groupe ADP, aux émissions des bâtiments aéroportuaires, ni à celles des avions lors des phases de décollage-atterrissage, ni à celles des seuls vols domestiques. On doit inclure celles, beaucoup plus conséquentes, qui sont générées par les vols internationaux. Enfin, il convient de compter le CO2 émis en amont pour produire le kérosène ainsi que les autres GES et les traînées de condensation qui, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), ont un impact au moins aussi important que le CO2.

« Nous devons réduire drastiquement les émissions de tous les secteurs, tout en restaurant la capacité de séquestration de la planète »

Au total il s’agit de quinze millions de tonnes d’équivalent CO2 de GES supplémentaires par an à l’horizon 2040, sur la base des objectifs de croissance de trafic. Si l’on utilise la « valeur de l’action pour le climat » calculée par la commission Quinet 2, soit 500 euros par tonne d’équivalent CO2 en 2040, on peut évaluer les coûts externes liés à l’impact climatique du seul terminal 4 à 7,5 milliards d’euros par an supplémentaires pour 15 millions de tonnes d’équivalent CO2 émis à cet horizon. Comment un projet générant des coûts externes annuels du même ordre de grandeur que l’investissement initial peut-il garder sa justification ?

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