Economie

« Il faut modifier profondément l’usage de la voiture, sans nuire à l’économie et dans le respect de la justice sociale »

Devant l’usine PSA de Poissy (Yvelines), le 28 mars 2019.

Pertes & profits. Bonne nouvelle, PSA embauche à nouveau. Et pas que des Polonais venus des usines du groupe en Silésie. Mais aussi des intérimaires recrutés en France, et premières victimes des vagues de dégraissage de l’industrie automobile. Une équipe de nuit de 800 personnes, dont la moitié d’intérimaires, va être reconstituée à Sochaux, le plus grand site du groupe en France. Ce dernier évoque une « dynamique commerciale ». Bref ça repart, et même un peu plus fort que prévu.

Mauvaise nouvelle, cette dynamique française concerne les modèles phares de la marque, les 3008 et 5008, des SUV à l’allure de 4 x 4 qui ne plaisent pas du tout à notre nouveau juge de paix écologique, la convention citoyenne pour le climat. Dans une de leurs propositions phares, les citoyens proposent d’interdire, dès 2025, les véhicules émettant plus de 110 grammes de CO2, soit les trois quarts des modèles de ces voitures, hormis les diesels et les hybrides. Cette proposition a été adoptée par 86 % des votants de la convention, des Français tirés au sort et non des militants de la cause écologique. Un volontarisme qui rencontre un écho positif dans la population française.

Le grand pari

Nous voilà au cœur du paradoxe français (qui a cours ailleurs aussi en Europe). Les gens continuent d’adorer la voiture et la liberté qu’elle procure – un sentiment renforcé par la crise sanitaire –, mais en même temps reconnaissent qu’il faut prendre des mesures fortes. Et la convention a beau jeu de rappeler que les déplacements représentent en France 30 % des émissions de gaz à effet de serre et que la voiture individuelle porte la moitié de cette responsabilité. Il faut donc en modifier profondément l’usage, sans nuire à l’économie et dans le respect de la justice sociale. Et ce dans l’espace très court de quelques années.

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Mission impossible ? A si brève échéance, très probablement. Bien sûr, la pénalisation des grosses voitures touchera surtout les classes aisées, mais ce sont ces acheteurs qui portent les espoirs du maintien ou de l’amélioration de l’industrie automobile française et des emplois qui vont avec. Pour les autres, les coûts de production des petites voitures les rendent peu compétitives en France face à leurs concurrentes construites en Europe de l’Est. Toute décision coercitive se fera au détriment du pouvoir d’achat des classes modestes, friandes de low cost.

Tenir ensemble les trois fils, l’économique, le social et l’écologique est le grand pari de la décennie qui s’ouvre en Europe. Mais les temporalités ne sont pas les mêmes. Le social se mesure immédiatement, par les intérimaires de PSA ou de Renault qui se retrouvent sur le carreau, l’économique à moyen terme par le niveau d’investissement et de développement des entreprises et l’écologique dans le temps plus long (même s’il se raccourcit singulièrement). La voie est étroite et les arbitrages seront douloureux. Comme dans la crise sanitaire, ce n’est plus aux experts de trancher, mais aux politiques.

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