Economie

« Le magasin reste un repère, en particulier pour les gens seuls »

Vincent Chabault est sociologue et enseignant à l’Université de Paris et à Sciences Po Paris. Auteur de l’ouvrage Eloge du magasin. Contre l’amazonisation (Gallimard, 2020), il revient sur les fonctions sociales du commerce physique, renforcées par la montée des ventes en ligne.

L’essor du e-commerce joue-t-il dans les difficultés actuelles d’enseignes telles qu’Alinéa, Orchestra, Camaïeu ou Naf Naf ?

Effectivement, aux Etats-Unis, on impute souvent à Amazon la fermeture d’un grand nombre de points de vente depuis une dizaine d’années. Mais ce n’est pas tout à fait juste. Dans ce phénomène de retail apocalypse, que la crise sanitaire fait arriver en France, plusieurs caractéristiques sont réunies, outre la concurrence du e-commerce : enseignes souvent à l’agonie, dont l’offre milieu de gamme et les emplacements ne répondent plus aux attentes des consommateurs, rachats successifs par des fonds qui prennent la dette pour levier mais sous-investissent ensuite dans l’outil de travail et la transition numérique…

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Il ne faut toutefois pas enterrer trop vite les lieux marchands, selon vous, pourquoi ?

On s’y rend pour faire ses courses mais aussi pour rencontrer des gens, pour créer ou entretenir des liens. C’est un repère, en particulier pour les gens seuls. Ce rôle a été souligné par le confinement, durant lequel bouchers et primeurs ont vu leur chiffre d’affaires doubler. Cet attachement à la vie subtile du commerce s’étend à tous les formats marchands : les magasins fabriquent l’atmosphère d’un quartier et sont parfois son unique animation, comme le décrit très bien Michel Houellebecq dans La Carte et le Territoire (Flammarion, 2010). Le magasin reste donc un lieu d’approvisionnement central remplissant également de nombreuses fonctions sociales. Tout cela justifie son existence, et pousse les Français à passer 2 heures 40 par semaine à faire des courses hors de leur domicile, sans compter les temps de trajet.

Le retour en grâce du commerce de proximité passe-t-il aussi par la vente en ligne ?

La crise a rendu visible, comme jamais auparavant, l’atout du numérique pour le commerce local et indépendant. Mais cette rupture est permise par un renouvellement de génération : on a vu arriver dans le commerce, parfois après une reconversion professionnelle, des personnes diplômées, jeunes, à l’aise avec l’informatique, qui n’hésitent pas à se faire épauler par de nombreuses jeunes pousses pour se numériser et livrer à domicile. Ces néocommerçants revalorisent ainsi leurs métiers, on le voit avec les boulangers ou les crémiers : ils savent théâtraliser la présentation de leurs produits, et à présent les vendre sur Internet.

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