Economie

Colère et fatalisme au sein d’André, icône déchue de la chaussure tricolore

Une boutique André fermée, le 2 avril, en plein confinement imposé pour lutter contre la propagation du Covid-19, à Paris.

Le compte à rebours touche à sa fin. Les candidats à la reprise de l’enseigne André, mise en redressement judiciaire en avril, doivent déposer leur dossier d’ici au lundi 22 juin, midi. Ils ne seront pas nombreux. Spartoo, sa maison mère depuis 2018, a dévoilé, mercredi 17 juin, ne pas être sur les rangs, contrairement à ce que son PDG, Boris Saragaglia, avait laissé entendre aux représentants du personnel. « Il nous lâche. Il ne présentera pas son prétendu plan B », déplore Christophe Martin, délégué syndical, élu CGT.

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Faute de repreneurs, la liquidation judiciaire de l’enseigne de chaussures fondée en 1896 est probable. Les représentants du personnel s’inquiètent désormais du financement du plan de licenciement à venir. « Dix-huit mois après la vente d’André par Vivarte à Spartoo, on en est là : 412 emplois vont disparaître », s’agace Philippe Roger, directeur d’un magasin parisien. André emploie une cinquantaine de personnes au sein de son siège et environ 360 dans ses 146 boutiques. Leur amertume est grande. La plupart des salariés disent s’être inquiétés d’une direction qui « n’a pas mené le nettoyage nécessaire dans cette entreprise déficitaire », bien avant la crise ouverte par le Covid-19 et la fermeture des magasins de mode pour lutter contre la propagation de la pandémie. Et tous savent combien leur reclassement sera compliqué.

« Une nouvelle page »

Eric Martinez fait partie de ceux qui, depuis 2018, ont « vu le coup venir ». Ce directeur régional, âgé de 57 ans, est entré au sein de l’enseigne alors qu’il était lycéen « comme vendeur, les mercredis et samedis ». La suite de son parcours est semblable à celui d’un « gars embauché sans diplôme chez Renault devenu ingénieur maison », image-t-il. M. Martinez devient étalagiste, puis directeur de boutique en 1999, à Cergy-Pontoise, puis aux Quatre-Temps à la Défense. En 2003, il est promu pour diriger les magasins exploités dans les régions Nord et Est.

Fin 2017, son quotidien change radicalement. L’enseigne est mise en vente par Vivarte, anciennement groupe André. Le groupe, détenu par des fonds d’investissement en LBO (achat à effet de levier) depuis 2007, est lourdement endetté. Trois ans après une restructuration pour effacer une ardoise de 2 milliards d’euros, il est alors sous mandat ad hoc. Vivarte ne veut plus du « chausseur sachant chausser ». L’enseigne populaire s’est fourvoyée dans un concept haut de gamme en 2013 pour échapper à la concurrence d’Eram, des magasins de sport et du commerce en ligne.

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