Economie

l’annulation met le marché de l’art en émoi

Le sang-froid n’est pas le moindre des atouts de Marc Spiegler, directeur de la foire Art Basel, l’événement majeur du marché de l’art contemporain. A l’épreuve du Covid-19, qui a fait plier l’économie mondiale, cette assurance a pu toutefois passer pour de l’aveuglement. Ces derniers mois, alors que les foires et biennales annonçaient leur annulation les unes après les autres, le Franco-Américain au physique de rugbyman ne bougeait pas.

« Cela ne coûte rien d’attendre », répétait Spiegler à ses clients galeristes confinés comme lui, mais pendus au téléphone, alors qu’étaient barrés du calendrier la Frieze New York, puis Art Paris Art Fair, puis Expo Chicago, sans oublier d’autres rendez-vous du calibre de la Biennale d’architecture de Venise. Il en était certain : Art Basel, rassemblant l’élite des marchands d’art moderne et contemporain, le gotha des collectionneurs flanqués de leurs advisors (« conseillers »), mais aussi 90 000 visiteurs sur une semaine, pouvait avoir lieu. Pas en juin, mais pourquoi pas en septembre, comme il l’avait annoncé à ses exposants dans un e-mail au mois de mars, après avoir dû annuler en catastrophe la bouture asiatique d’Art Basel à Hongkong.

Le débat avait fait rage, certains craignant d’y laisser leur chemise et d’autres d’y laisser leur peau. « Qui voudra en septembre sauter dans un avion, aller dans une foire où l’air est recyclé, où on est au coude-à-coude, où la distanciation physique est impossible ? », s’interrogeait en avril, sur CNN, la puissante marchande new-­yorkaise Dominique Lévy, cofondatrice de la galerie Lévy Gorvy. « Qu’importe s’il n’y a que 10 000 visiteurs, car ce sont les collectionneurs les plus motivés qui viendront », objectait le marchand parisien David Fleiss. « À un moment, il faut relancer la machine », ajoutait son confrère Kamel Mennour.

Gigantisme et arrogance

Et le 6 juin, le communiqué est tombé, annonçant l’annulation. Il était signé du propriétaire de la foire, MCH Group. Au lendemain de cette capitulation tardive, le groupe détenu à 33,5 % par le canton de Bâle-Ville a vu son action chuter de 3,35 % — soit un recul de 41 % par rapport au 1er janvier. Le marchand italien Michele Casamonti et son confrère américain Peter Freeman ont beau convenir en chœur qu’il s’agit d’une « sage décision », c’est non seulement l’avenir d’une entreprise hégémonique qui se trouve compromis, mais celui d’un secteur mondialisé. Un monde de l’art dopé aux foires et à l’argent.

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