Economie

« L’affaiblissement du politique par les doctrines néolibérales a réduit l’Etat aux fonctions régaliennes »

Tribune. La relance économique telle qu’elle se profile dans tous les pays reprend les schémas de la sortie de la crise financière de 2008, en répondant aux intérêts des entreprises par un soutien public quasi inconditionnel. L’effort est reporté vers les salariés à qui on demande de travailler plus. A peine voit-on de timides demandes d’engagements à mieux prendre en compte l’environnement. Les « premiers de cordée » ont traversé la crise sans dommages, mais leurs intérêts sont portés au plus haut.

Aujourd’hui, la démocratie n’a pas sa place dans l’entreprise. Il pourrait paraître illusoire de vouloir « changer de système » à l’occasion du Covid-19, compte tenu du rapport de force entre pouvoir politique et pouvoir économique. Pourtant ce dernier, contraint de se tourner vers le politique pour être protégé de la crise, se trouve provisoirement en position de faiblesse. L’opportunité se présente d’introduire plus de démocratie dans l’entreprise.

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L’attribution de soutien financier public ne devrait pas donner lieu qu’à des engagements environnementaux des entreprises mais, plus largement, à une révision de leur gouvernance. Si la collectivité apporte son aide, c’est au nom du rôle social que l’entreprise joue. Les aides devraient ainsi n’être apportées qu’au vu d’une modification de la gouvernance donnant des places délibératives au sein des instances dirigeantes aux salariés et aux (?) différentes parties prenantes de l’entreprise, dont les autorités publiques.

Une situation paradoxale

C’est loin d’être le cas aujourd’hui : comme en 2008, la cohérence de l’aide apportée aux entreprises tranche avec la très faible coordination politique qui permettrait de répondre aux enjeux sanitaires et sociaux de la crise. C’est le résultat du décalage croissant entre la balkanisation du politique et la forte structuration du pouvoir économique.

Depuis quarante ans, l’affaiblissement du politique, théorisé par les doctrines néolibérales qui cherchent à ramener l’Etat à un nombre réduit de fonctions dites « régaliennes », est aggravé par la contestation des conditions d’exercice du pouvoir, via une critique de la démocratie représentative. On est ainsi face à un paradoxe : plus le pouvoir politique est faible, plus il est contesté par ceux au nom de qui il est exercé.

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Le paradoxe n’est qu’apparent. Alors que le pouvoir politique réel diminue, miné par l’empilement de strates (sept en France, de la commune aux instances internationales) édictant chacune des normes concurrentes d’organisation de la vie sociale et économique, le nombre de candidats au contrôle de ses différentes fonctions augmente, chacun promettant « le changement ».

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