Economie

« La crise sanitaire a imposé l’autorité des situations »

Tribune. C’est entendu, la capacité de dialogue constitue une pierre de touche de la sortie du confinement. Dans les entreprises, depuis quelques semaines, dans les rapports entre l’Etat et les communes autour de la réouverture des écoles, ou dans la concertation sur l’hôpital, on sent qu’elle exerce un rôle décisif… sans toujours être au rendez-vous.

Par malheur, le dialogue n’est pas le point fort de la France. Publics comme privés, les acteurs français savent davantage se combattre par des mises en demeure mutuelles et en vérifiant si l’autre se conforme à des normes – fût-ce de façon artificielle – que se parler et accorder à l’autre le droit d’explorer, d’essayer, de proposer, de se tromper, de corriger le tir. Le recours au prescrit – du réglementaire que les administrations publiques centrales estiment devoir produire aux normes que chacun des partenaires sociaux d’entreprise dénonce et appelle à la fois – leur sert à régler leurs désaccords, arbitrer leurs inévitables divergences de points de vue.

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Dans les conditions de la reprise d’activité, l’appel à faire confiance a été récurrent, mais c’est l’une des apories constantes de l’apprentissage collectif dans la société française. Faire confiance, c’est poser comme point de départ que l’on ne sait pas et qu’il faut prendre le risque d’avancer pour voir se produire des situations et, les analysant, gagner en compréhension et en savoir. Vivre les situations et statuer en les ayant vécues sont le gage de l’élaboration d’une règle plus pertinente que celle que l’on aurait voulu à toute force élaborer a priori. Mais il faut prendre pour cela le risque de se faire confiance. D’abord, à soi-même : avoir foi dans ses capacités d’interprétation et d’action le moment venu. Ensuite, les uns envers les autres, sans pratiquer le procès d’intention, sans prétendre que l’on sait bien ce que l’autre a derrière la tête, sans refuser de faire crédit à sa parole.

La règle et la situation

Au fond, ce que notre pays sait moins bien pratiquer que d’autres, c’est le jeu où, nous trouvant exposés à des situations non réglées d’avance – notamment par les autorités dirigeantes (Etat ou employeur) –, nous en prenons notre parti et nous acceptons de discuter in situ les règles que nous convenons de nous donner pour faire face.

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La crise sanitaire due au Covid-19 et le confinement ont agi à la manière d’une économie de guerre, dans laquelle l’urgence et les besoins de sauvegarde collective ont imposé l’autorité des situations. Au plus fort de la crise, dans les hôpitaux, dans les Ehpad et dans des entreprises, les acteurs ont reconnu la puissance phénoménale des situations et ont accepté de se faire confiance. Des aides-soignantes ont pris en charge des tâches qui ne leur sont habituellement pas déléguées, et personne ne l’a fait précéder d’un prescrit décourageant.

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