Economie

« Penser que l’on peut substituer à “l’ancien modèle” un “nouveau modèle ”conçu en chambre n’est pas réaliste »

Tribune. Ces dernières semaines ont vu se multiplier les articles et tribunes plaidant pour l’avènement d’un « monde d’après ». Ces multiples prises de parole ont pour la plupart pris la forme d’une critique radicale des modes de fonctionnement collectif dominants. Gestion des services publics, dépendance industrielle, finance hors sol : tout y passe !

Malheureusement, ces réquisitoires enflammés prêtent souvent le flanc à une forme de pensée magique consistant à conférer à des entités collectives ou de purs concepts (l’Etat, l’Humanité, la Société, etc.) une autonomie de la volonté. Dans la foulée, certains se mettent à parler « d’ultimatum de la Nature », d’autres d’une crise révélatrice des excès de la mondialisation, d’autres encore estiment à l’inverse que le repli sur soi est la cause de tous nos maux.

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En réalité, les grandes tendances que chacun croit percevoir à la lumière des événements présents sont davantage le reflet de convictions profondes mais surtout personnelles que les fruits d’une analyse fine et impartiale. Pire encore, quant à la question du « comment » faire advenir ce « monde d’après, les solutions formulées souffrent d’un mal bien trop connu : le « yaka faukon » .

Une posture qui apparaît fantasmatique

Ces critiques ne sont, pour la majorité d’entre elles, rien d’autre que des incantations faisant la part belle à la théorie de la table rase. « On va vers… », « on va cesser… », « il faut… » sont autant de marqueurs, tirés quasi aléatoirement d’un échantillon de titres récemment parus, d’une conception manichéenne et simpliste de la situation.

L’idée-force structurant ces prises de position est que la renégociation collective et simultanée de l’ensemble de nos interdépendances est possible et, bien évidemment, souhaitable. Du point de vue des théories de l’action, cette posture apparaît fantasmatique.

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En effet, l’hypothèse ainsi faite est que l’on peut décomposer un système socio-économique qu’il a fallu plusieurs centaines d’années pour organiser, avant de le recomposer en suivant un schéma tout neuf sur lequel « on se serait mis tous d’accord ». Cette hypothèse fait fi des jeux d’acteurs et des rapports de force car elle érige le principe de coopération comme horizon non négociable.

La force du réel

Or, absolument rien n’indique que la crise que nous vivons puisse être solutionnée à travers une dynamique de coopération sans réplique. Cette posture est irréaliste tant d’un point de vue théorique que pratique. Le sociologue Michel Crozier l’avait dit en son temps : « on ne change pas la société par décret », au sens où le réel n’est pas une chose que l’on modèle par la seule force du verbe.

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