Economie

« Il se pourrait bien que la dette s’apprécie, mais ne se juge plus »

Tribune. Il fut un temps où le jugement des hommes était confié au divin : on appelait cela l’ordalie. Par exemple, on demandait à l’accusé de tremper sa main dans l’eau bouillante afin d’y ramener un caillou, et l’on confiait à Dieu la décision de cicatriser ou pas la blessure. S’il n’y avait pas de cicatrisation ? On en déduisait que l’accusé était coupable.

Ecoutons maintenant l’économiste s’adressant aux autorités monétaires et budgétaires contemporaines et leur décision, tacite, de financer la dette publique par de la création de monnaie : « Plongez vos mains dans le seigneuriage, revenez me voir plus tard ; si vous n’avez pas d’inflation, alors c’est que les dieux ont choisi de ne pas vous punir ».

Une forme de théophanie

Nos autorités acceptent cette ordalie pour une seule et unique raison : elles reconnaissent ne plus rien comprendre à l’évolution des prix, puisque leurs actions n’ont semble-t-il plus aucune influence. Il est vrai que les politiques monétaires dites ultra-accommodantes et les politiques budgétaires dites ultra-laxistes menées jusqu’à présent n’ont pas produit d’effet tangible sur l’inflation. Il était pourtant gravé dans le marbre que de telles politiques devaient être un levier formidable pour actionner la pompe à prix. Mais non.

Les politiques monétaires dites ultra-accommodantes et les politiques budgétaires dites ultra-laxistes menées jusqu’à présent n’ont pas produit d’effet tangible sur l’inflation

Nos autorités s’avouant impuissantes à comprendre les faits, elles en sont réduites à attendre que quelque chose se passe, espérant une forme de théophanie, ce message divin censé les éclairer sur la conduite à suivre. En attendant, la nouvelle religion économique ne considère plus l’inflation comme le démon. C’est donc « open bar » pour le financement de la dette par de la monnaie de banque centrale.

En effet, dans un monde sans inflation, les taux d’intérêt restent faibles et donc non confiscatoires. L’absence d’inflation durable fait de la banque centrale une sorte de prêteur sur gage, puisqu’elle assure que le voyou filera droit. La dette peut s’envoler avec la bénédiction des autorités et des marchés. Demain, il suffira de la repousser plus loin sous le tapis, en créant de nouvelles liquidités pour financer la nouvelle dette qui remboursera l’ancienne : l’Etat nous promet ainsi qu’il honorera la promesse qu’il nous avait faite avant.

Quand même, comment donc en est-on arrivé là ? Comment expliquer ce retour à des pratiques d’un autre temps : seigneuriage, ordalie, théophanie…

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