Economie

« Cette crise a permis de mieux prendre conscience de l’importance de la souveraineté »

Barcelone 4 juin 2020, Ada Colau maire de Barcelone au neuvième etage du Palau de la Generalitat. 
Paolo Verzone / VU

PAOLO VERZONE / VU POUR « LE MONDE »

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Publié aujourd’hui à 02h47, mis à jour à 16h10

Les villes-monde après le Covid

Partout dans le monde, les maires ont été en première ligne dans la gestion de la pandémie due au nouveau coronavirus. Les principaux foyers infectieux se sont concentrés dans les métropoles, et plus ces métropoles étaient attractives et connectées, plus elles ont souffert – « L’épidémie a clairement profité des forces de la mondialisation urbaine pour se développer », écrivait le géographe Michel Lussault dans nos colonnes. Comment les édiles ont-ils vécu cette crise inédite ? Comment articulent-ils ses premiers enseignements avec les politiques urbaines qu’ils avaient mises en œuvre, notamment en matière de lutte contre le réchauffement climatique ? Nos correspondants ont interrogé, dans le monde entier, quatorze maires ou gouverneurs (Barcelone, San Francisco, Kigali, Manchester, Séoul, Florence, Abidjan, Montréal, Budapest, Bogota, Bangkok, Tokyo, Madrid et Mexico). Leurs entretiens, que nous publions du 14 au 21 juin, témoignent de la vulnérabilité des métropoles mais aussi des ressources qu’elles sont capables de mobiliser pour répondre aux crises sanitaire, climatique et démocratique.

Ada Colau est maire de Barcelone (Espagne) depuis 2015. Ces dernières années, cette ancienne activiste du droit au logement, à la tête du parti de la gauche alternative Catalunya en Comú (Catalogne en commun), a entrepris de freiner le tourisme de masse dans la cité méditerranéenne, de limiter la spéculation et la hausse des prix liées à la multiplication des appartements touristiques, de réduire la circulation automobile, de revitaliser les quartiers et d’impliquer davantage la population dans les processus de décision de la ville par le biais de mécanismes de participation directe. Selon elle, la pandémie a abouti à une « prise de conscience citoyenne » qui permettra d’accélérer ces changements. Dense, Barcelone compte 1,7 million d’habitants, et l’aire métropolitaine, qui inclut les communes limitrophes, en rassemble plus de 5 millions. Celle-ci a recensé plus de 5 000 morts du Covid-19.

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Barcelone a été l’une des zones d’Espagne les plus touchées par la pandémie, avec Madrid. Cela remet-il en cause le modèle des grandes métropoles européennes ?

Il est évident que les aires métropolitaines les plus denses et les plus hyperconnectées, là où se produisent le plus de déplacements, ont été les plus touchées et les plus vulnérables face à la pandémie. Cela ne veut pas dire qu’il faille renoncer aux villes ou qu’elles soient dangereuses. Ce qui est dangereux, en ce moment, ce sont les agglomérations et la massification. Or, celles-ci posaient déjà des problèmes avant l’épidémie, en termes environnementaux mais aussi économiques et sociaux. L’urgence climatique ou le tourisme de masse, qui provoque déséquilibres et spéculation, imposaient d’y mettre une limite. Cette pandémie est terrible, mais c’est aussi une opportunité de faire mieux…

« Personne ne veut par exemple retourner à la “normalité” de la pollution, alors que l’air n’avait pas été si pur depuis au moins une décennie »

En quoi cette crise peut-elle aider à avancer ?

Toute crise met en évidence des priorités, mais aussi des points forts et des faiblesses. Le superflu disparaît et l’on voit ce qui importe vraiment. Tout le monde a ainsi réalisé que le plus important est de couvrir les besoins essentiels, de disposer d’un système de santé publique fort et de services publics bien dotés. Nous devons tirer profit de cette prise de conscience citoyenne pour qu’elle nous donne des forces afin d’accélérer les changements et transitions nécessaires pour protéger la vie des gens. Personne ne veut par exemple retourner à la « normalité » de la pollution, alors que l’air n’avait pas été si pur depuis au moins une décennie…

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