Economie

La « génération Covid », première victime de la crise économique

Jules Réthy, attend la reprise pour débuter un stage dans le domaine de la sonorisation, le 10 juin à Nantes.

Lorsqu’on lui demande comment il se projette dans l’avenir, Mathis, 17 ans, éclate de rire. Mais presque aussitôt, son visage se ferme. Il pianote sur son téléphone, ailleurs. « L’avenir, cette bonne blague, marmonne-t-il. Pour moi, ça se résume à : qu’est-ce que je mange ce soir, qu’est-ce que je fais demain, comment j’évite mon père ce week-end… on ne se supporte plus. » Mi-mars, lorsque le confinement a débuté, son contrat d’apprentissage dans un restaurant du Val-de-Marne a été suspendu. « J’étais dégoûté. » L’établissement où il travaillait vient de rouvrir. Il n’y va plus. « Ils n’ont plus besoin de moi, les clients ne reviennent pas. Alors mon avenir, je n’y pense pas, sinon j’explose. »

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Etudes, stage, CDD, concours, entretiens d’embauche, séjours à l’étranger : comme Mathis, des milliers de jeunes ont vu leurs projets voler en éclats à cause de la pandémie de Covid-19. Pour certains, il s’agit d’une parenthèse de quelques mois, avant – si tout va bien – une reprise des cours et stages à l’automne. « Passé le stress pour les dossiers d’inscription et le regret de ne pas voir mes amis, j’ai profité de ce temps pour lire et réfléchir », raconte Mathilde, lycéenne en terminale dans la Sarthe, qui entrera en école de théâtre en septembre.

« Un gisement de colère »

M. Ngang, dans sa chambre, le 11 juin, à Montry (Seine et Marne).

Pour les 700 000 diplômés sur le point d’entrer sur le marché du travail, l’angoisse est bien plus concrète : comment décrocher un poste alors que le pays s’enfonce dans une récession annoncée, par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), comme l’une des plus brutales parmi les économies industrialisées ? « Je vais sûrement enchaîner sur un deuxième master pour éviter le chômage, mais après, on me reprochera d’être surdiplômé », appréhende Alexandre, en master de mathématiques, à Paris.

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Pour beaucoup d’autres, le bouleversement est plus profond encore. La pandémie a intensifié les inquiétudes face au désastre écologique, déjà exprimées lors des grèves étudiantes pour le climat, en 2019. Elle a exacerbé une sensibilité extrême aux désordres du monde, aux injustices, aux inégalités, au racisme. L’appel à manifester contre les violences policières, samedi 13 juin, en est une illustration. La première mobilisation sur le sujet devant le tribunal judiciaire de Paris, le 2 juin, avait rassemblé plus de 20 000 personnes, selon la police, dont énormément de jeunes. « Il y a, en France, un gisement de colère, susceptible de se raviver selon le contexte et la conjoncture », analyse le sociologue François Dubet.

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