Economie

Carmen Reinhart, une « détective » à la Banque mondiale

Carmen Reinhart, lors du Forum de Davos, en Suisse, en 2017.

L’arrivée de Carmen Reinhart au poste d’économiste en chef de la Banque mondiale, lundi 15 juin, est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. L’institution a réussi à recruter une économiste de renom, professeure à l’université de Harvard et spécialiste mondiale des crises financières. Mais cette nomination n’a rien de rassurant sur la manière dont la Banque mondiale envisage l’avenir. « Je suis très heureux d’accueillir Carmen (…) au moment où nous intensifions nos efforts pour rétablir la croissance et faire face aux crises urgentes de la dette et de la récession », a d’ailleurs déclaré David Malpass, le président, lors de l’annonce de sa nomination en mai.

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Carmen Reinhart a prévenu dans les colonnes du Wall Street Journal, fin mars, que « l’effondrement actuel est sur le point de battre tous les records ». La nouvelle vice-présidente de l’institution sise à Washington va devoir réanimer des économies plongées dans le coma, sa spécialité. « Elle n’a pas le profil type de l’économiste de développement qui travaille sur la pauvreté ou les inégalités, ce qui est plutôt inhabituel à ce poste, souligne Christoph Trebesch, économiste à l’université allemande de Kiel, mais c’est un excellent choix dans la période que nous vivons. »

Loin des dogmes établis

Née en 1955 à Cuba, Carmen Reinhart arrive aux Etats-Unis avec sa famille à l’âge de 10 ans. Celle qui fut vice-présidente de la banque d’investissement Bear Stearns puis directrice adjointe du Fonds monétaire international (FMI) se compare souvent à Sherlock Holmes. « J’aborde les problèmes avec l’état d’esprit d’un détective », confiait-elle, en juillet 2019, lors d’un entretien organisé par la Réserve fédérale américaine (Fed, banque centrale) de Saint Louis. Elle tente de résoudre les questions économiques comme des énigmes, en cherchant des indices « dans les données historiques et les séries statistiques de différents pays », avec une approche empirique assumée, et surtout en s’éloignant des dogmes établis.

Ce fut le cas lorsque, en 1993, elle rédigea avec ses collègues du FMI Guillermo Calvo et Leonardo Leiderman une étude montrant que ce ne sont pas seulement certaines réformes qui attirent les investissements étrangers dans les pays d’Amérique latine, mais des causes externes comme la conjoncture mondiale favorable ou des faibles taux d’intérêt aux Etats-Unis. Elle met aussi en évidence que les capitaux sortent des pays émergents aussi rapidement qu’ils y entrent, au risque de déstabiliser les économies. C’est ce qui se produisit avec la crise au Mexique en 1994 ou encore en Asie en 1997.

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