Economie

« Dans le feu de l’urgence, le choix du risque sanitaire zéro a tout emporté »

Tribune. Il fallait frapper fort : mais n’a-t-on pas frappé trop fort, avec le confinement généralisé ? Alors qu’on tergiverse depuis trente ans sur la reconnaissance du réchauffement climatique, cette fois il n’y aura pas eu d’atermoiements pour nommer le mal et déclarer l’état de guerre. Tous les gouvernements, à des degrés divers, ont pris la mesure du risque sanitaire majeur, y compris en affectant lourdement les revenus et les modes de vie de leurs citoyens.

Il est exceptionnel que le prononcé d’un simple mot provoque à lui seul des conséquences aussi lourdes : davantage que récession et dépression, concepts familiers des économistes, c’est « l’effondrement ». L’ensemble de l’activité économique et des rémunérations prises en charge par le budget public ; des points de produit national brut perdus à jamais ; des chômeurs à indemniser, des dettes publiques à rembourser ; des accusations internationales mutuelles, des dissensions européennes… Demain la guerre tout court ?

La bataille sanitaire semble gagnée. Certes grâce à l’arsenal des mesures déployées, mais aussi parce qu’il est de la nature de l’histoire des épidémies de s’épuiser d’elles-mêmes spontanément. On oubliera la panique sanitaire. Mais on se souviendra longtemps de la note à payer. Dans le feu de l’urgence on a dépensé à guichets ouverts et promis sans compter – en sacrifiant des finances publiques à peine remises en état par des années de travail de fourmis.

Une politique proche de celle adoptée aujourd’hui pour le déconfinement, faisant appel au sens civique, aux tests, au ciblage de régions et de catégories à risques, n’aurait-elle pas eu sensiblement les mêmes résultats ? Et pour un coût infiniment moindre.

L’esprit du temps

Dans le feu de l’urgence, le choix du risque sanitaire zéro a tout emporté : malheur à qui aurait alors proposé de mesurer, de comparer. Facile à dire après coup, certes. Mais au moins la question des conséquences financières n’eut-elle pas dû être au moins posée ? C’est ainsi que la poursuite du risque sanitaire zéro a engendré le risque économique et social maximum.

A la vérité, ce n’est pas la responsabilité de tel ou tel dirigeant ou conseiller scientifique qu’il faut incriminer : c’est l’esprit du temps, celui qui engendre la pensée unique et la prévalence d’un principe, celui de précaution, érigé en principe de portée universelle et globale.

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Nombreux sont les historiens des idées qui datent l‘avènement de notre société libérale de l’habeas corpus, le principe juridique britannique qui, en prohibant les arrestations arbitraires, veut que la charge de la preuve appartienne à l’accusation. La Révolution française a de son côté garanti aux droits de l’homme la « sûreté » face à l’Etat tout puissant. Ce qui pouvait apparaître comme un simple article de procédure pénale s’était avéré en réalité une révolution de société.

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