Economie

l’OPEP et la Russie prolongent d’un mois leurs baisses de production historiques

Capture d’écran de la réunion de l’OPEP+, samedi 6 juin 2020.
Capture d’écran de la réunion de l’OPEP+, samedi 6 juin 2020. Twitter / Amena Bakr

Voilà une nouvelle qui a de quoi rassurer à la fois Donald Trump, Vladimir Poutine et le prince hériter saoudien Mohammed Ben Salmane (MBS). Réunis samedi 6 juin en visioconférence, les principaux pays exportateurs de pétrole se sont mis d’accord pour prolonger d’un mois l’accord obtenu fin avril de réduire fortement la production de pétrole pour tenter de faire remonter des prix du pétrole qui s’étaient effondrés.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), menée de fait par l’Arabie saoudite, d’une part, et une dizaine d’autres pays pétroliers alliés à la Russie d’autre part, se sont entendus dans le cadre de l’alliance dite « OPEP + » à maintenir le niveau de coupes de production jusqu’à la fin du mois de juillet. Cette prolongation d’un mois pourrait sembler minimale mais elle sera accueillie avec bienveillance par les acteurs d’un marché pétrolier totalement bousculé pendant la période de la crise sanitaire.

Début mars, alors que la pandémie due au coronavirus se répandait sur la planète, cette alliance OPEP + a volé en éclats – la Russie a refusé de s’imposer de nouveaux quotas de production pour enrayer la baisse des cours. Ce désaccord inattendu a amené les deux ex-alliés, Moscou et Riyad à se lancer dans une rapide guerre des prix, entraînant une crise pétrolière fulgurante, le prix du baril passant de 53 à 37 dollars en quelques jours.

Lente remontée des prix

Mais à cette bataille de géants pétroliers est venue s’ajouter l’aggravation de la crise sanitaire – et la mise en place de mesures de confinement drastiques. En avril – désormais surnommé « avril noir » par les spécialistes – la demande mondiale a baissé de 30 millions de barils par jour, une chute jamais vue jusqu’alors. Le cours du baril s’effondre : le baril de Brent, qui fait référence au niveau mondial, passe sous les 16 dollars fin avril. Au même moment, le cours du baril américain, le WTI, devient même négatif pendant quelques heures. Les stocks mondiaux se remplissent à toute vitesse, puisque voitures et avions sont à l’arrêt dans une grande partie du monde. Or les capacités de stockage ne sont pas infinies.

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Sous la pression de Donald Trump – qui voit les risques pour sa propre industrie pétrolière – Russes et Saoudiens finissent par se mettre d’accord fin avril, et s’engagent à réduire de manière massive la production : 9,7 millions de barils par jour en moins en mai et en juin. Une baisse historique, qui s’accompagne de mesures prises par plusieurs grands pays consommateurs, comme les Etats-Unis ou la Chine, d’augmenter leurs stocks. Parallèlement, la production américaine de pétrole de schiste a commencé à diminuer, plusieurs acteurs ne pouvant survivre avec un prix du pétrole aussi bas.

Ces facteurs ont permis au cours du baril de remonter progressivement depuis le début du mois de mai, et dépasser les 40 dollars début juin. En prolongeant leur accord, la Russie et l’Arabie saoudite espèrent soutenir plus encore les prix du baril. « Le marché pétrolier est en voie de rétablissement. L’offre mondiale a déjà diminué massivement », note Ann-Louise Hittle du groupe mondial de recherche et de conseil dans les domaines de l’énergie et des produits chimiques entre autres, WoodMacKenzie. « Dans le même temps, la demande globale est repartie à la hausse, avec le relâchement des mesures de confinement ».

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Respect de l’accord

Mais pour avoir un impact, un tel accord devra être scrupuleusement respecté par les pays concernés. Selon les calculs du fournisseur de données Kpler, l’OPEP + a réduit sa production d’environ 8,6 millions de barils par jour en mai, soit 11 % de moins que le volume prévu. « Cette alliance fonctionne sur la confiance entre les pays plutôt que sur un mécanisme de pénalisation de ceux qui seraient au-dessus de leurs quotas », rappelle Bjornar Tonhaugen de Rystad Energy. Depuis plusieurs jours, l’Arabie saoudite et la Russie ont exercé une forte pression à certains pays qui n’ont pas respecté leurs engagements de mai et de juin, en particulier l’Irak et le Nigeria. Le ministre de l’énergie russe, Alexander Novak, a d’ailleurs prévenu au début de la réunion que les engagements pris devraient être respectés « à 100 % » par tous les pays participants à l’accord.


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