Economie

« C’est le défaut d’union budgétaire qui rend si laborieuse l’action de relance européenne face à la crise »

Avec des « si » et des « mais », on mettrait l’Europe en bouteille. Mais si l’Union européenne (UE) avait été une union complète, pas seulement économique et monétaire, puis tardivement bancaire, mais aussi budgétaire et fiscale, la gestion de cette crise aurait sans doute été moins laborieuse. Il aura fallu la crise financière de 2007-2008 pour parvenir à l’union bancaire. Peut-être la crise sanitaire conduira-t-elle à l’union budgétaire. La récente initiative franco-allemande pour la relance européenne face à la crise due au coronavirus poserait-elle un premier jalon ?

« Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise » : cette phrase de Jean Monnet (1888-1979) est bien souvent citée comme emblème de la construction européenne. L’union économique d’après-guerre avait abouti, en 1999, à l’union monétaire, sans réaliser la nécessité de l’union bancaire.

Autrement dit, l’euro avait été alors introduit sans veiller à organiser aussitôt à l’échelle européenne la surveillance et le sauvetage éventuel des banques commerciales qui en assurent pourtant la gestion, la circulation, et pratiquement 90 % de la création (les euros « scripturaux », c’est-à-dire les euros déposés sur les comptes bancaires). Il a fallu que les Etats membres soient embourbés, de 2010 à 2012, dans le cercle vicieux du risque bancaire et du risque souverain, pendant la crise des dettes souveraines, pour qu’ils entendent la nécessité de l’union bancaire. Inachevée, cette dernière bute encore sur l’absence d’union budgétaire, qui empêche la mise en commun de ressources pour finaliser une garantie européenne des dépôts au-delà de la simple harmonisation des dispositifs nationaux.

Des plans nationaux inégaux

C’est aussi ce défaut d’union budgétaire qui rend si laborieuse l’action de sauvetage et de relance en Europe face à la crise sanitaire. En son absence, l’Eurogroupe n’est pour le moment parvenu qu’à réactiver le Mécanisme européen de stabilité, conçu en 2012 pour aider les Etats membres en difficulté, en y ajoutant une augmentation de la capacité de crédit de la Banque européenne d’investissement aux entreprises, et une aide au chômage partiel apporté par la Commission européenne – le programme SURE (support to mitigate unemployment risks in an emergency ou, en français, « soutien pour atténuer les risques de chômage en cas d’urgence »).

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Seule une réponse européenne ambitieuse pourra nous éviter des années de croissance morne, voire de récession »

L’action budgétaire continue de reposer en grande part sur des plans nationaux inégaux, désunis et non solidaires. Le tout s’articule, tant bien que mal, à une politique monétaire unique, facilitant certes par son programme massif d’achats de titres le financement des dépenses des Etats membres, mais n’écartant pas, à terme, une possible réédition de la crise des dettes souveraines.

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