Economie

comment  de grands groupes privés tirent parti de fonds publics européens

AUREL

« Au nom de l’innovation », des milliards d’euros consacrés à la recherche européenne bénéficient à de grands groupes industriels et leurs organisations de lobbying. C’est le constat d’un épais rapport publié lundi 25 mai par les organisations non gouvernementales Global Health Advocates (GHA), qui lutte contre les maladies liées à la pauvreté, et Corporate Europe Observatory (CEO), spécialisé dans le lobbying des institutions européennes.

Au fil de plusieurs mois d’un travail de recherche très fouillée, les ONG ont exploré les rouages et les activités de deux des sept gigantesques partenariats public-privé de recherche, conclus par la direction générale de la recherche et de l’innovation (DGRI) de la Commission européenne avec les industriels des secteurs concernés. Ces deux « entreprises communes » (joint undertakings, ou JU) s’appellent Initiative pour les médicaments innovants (IMI) et Bio-Based Industries (BBI), lequel résume ainsi sa mission : « Réaliser le potentiel de la bioéconomie en Europe » et « convertir la biomasse et les déchets en produits quotidiens plus écologiques grâce à des technologies innovantes et à des bioraffineries perfectionnées ».

Depuis sa création en 2008, l’IMI affiche un budget total de 5,2 milliards d’euros, dont la moitié de fonds publics. Le budget initial du BBI, lancé en 2014, s’élève, lui, à 3,7 milliards d’euros, dont 975 millions de financements européens. Des sommes faramineuses qui permettent aux entreprises y participant de développer produits et technologies… sans que les contreparties attendues pour la société dans son ensemble soient au rendez-vous, selon le rapport des ONG, constitué de deux parties de plus de 60 pages. L’IMI et le BBI, diagnostique-t-il, « consacrent “privilèges et avantages” pour le secteur privé et “devoirs et obligations” pour le secteur public ».

Compenser les « défaillances du marché »

C’est la principale organisation européenne de lobbying du secteur pharmaceutique, la Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques (Efpia), qui pilote l’IMI. Bayer, GSK, Johnson & Johnson, Pfizer ou encore Sanofi : l’association compte parmi ses adhérents les grands groupes du monde entier.

L’IMI a été créée pour résoudre les « goulets d’étranglement » dans le développement et l’accès aux médicaments. Mais aussi pour compenser les « défaillances du marché », en particulier « dans les domaines où il existe un besoin médical ou sociétal non satisfait ». Des domaines négligés, comme les maladies liées à la pauvreté, le VIH/sida, les maladies tropicales ou encore la résistance aux antibiotiques. S’ils sont négligés, c’est parce qu’ils sont considérés comme peu rentables par l’industrie qui rechigne à y investir.

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