Economie

A Bagnolet, une grève des loyers révèle la précarité de locataires touchés par la crise du coronavirus

« Revenus 0 = Loyers 0 » proclame la banderole accrochée au balcon de l’immeuble du 10, rue de la Liberté, à Bagnolet (Seine-Saint-Denis). Fin avril, les vingt et une familles locataires ont unanimement décidé de suspendre le paiement des loyers à leur propriétaire et créé, avec le soutien de l’association Droit au logement (DAL), le comité DAL Liberté. « Une grève de loyers dans le parc privé, c’est inédit », commente Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de DAL.

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Leur pétition, datée du 26 avril, met d’abord en avant les difficultés financières de la majorité d’entre eux, qui, avec le confinement, ont perdu tout ou partie de leurs ressources. Les intérimaires dans le bâtiment ont tous vu leurs chantiers arrêtés ; une employée de maison est au chômage partiel, une autre ne perçoit plus que 900 euros par mois, contre 1 300 auparavant ; une intermittente du spectacle subit de plein fouet l’arrêt des tournages et de leur préparation…

Lourdes charges

Dans l’immeuble, l’ambiance est conviviale et, confinement aidant, tout le monde, de la championne d’arts martiaux à l’infirmière, se retrouve dans la cour. Chacun compare sa quittance, et même ceux dont les revenus n’ont pas diminué sont solidaires de leurs voisins, car tous constatent un prix élevé au mètre carré et sans rapport avec la qualité du logement.

Un 30 mètres carrés en demi-sous-sol est loué 893 euros par mois, hors charges ; un couple a découvert que son loyer, pour 100 mètres carrés, était brusquement passé, à son entrée, en 2017, de 1 500 à 2 200 euros, soit 47 % de plus, en dépit du décret annuel qui, dans vingt-huit agglomérations de France, limite cette réévaluation, entre deux locataires, à celle de l’indice de référence des loyers. Cette année-là, il oscillait entre 0 % et 0,18 %.

Dans leur pétition, les locataires réclament donc de diminuer de moitié les loyers, à leur avis « trop élevés, injustes et inéquitables », auxquels s’additionnent de lourdes charges, par exemple de 80 à 90 euros par mois, hors chauffage, pour 30 mètres carrés.

L’immeuble a été construit en 1977 par une famille d’entrepreneurs en bâtiment qui y a logé beaucoup de ses ouvriers et l’a conservé jusqu’à sa cession, en septembre 2019. C’est une jeune société foncière, créée en 2018, Lokalis – qui promet, sur la page d’accueil de son site qu’« il n’a jamais été aussi simple d’être bien logé » et cible les immeubles d’habitation dans un Grand Paris prometteur de plus-values –, qui l’a acquis pour 4,15 millions d’euros, soit 4 882 euros le mètre carré, un prix élevé pour ce quartier.

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