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Livraisons, drive, précommandes… Comment les petits commerçants s’organisent-ils pour passer la crise ?


Confinement oblige, à Avranches, les commerçants de L’Avenue, une halle qui réunit huit petits commerces de bouches, se sont lancés dans la livraison. — DR

  • Le confinement laissera forcément des traces pour les commerçants indépendants. Même pour ceux qui ont gardé ouvertes leurs portes ces dernières semaines.
  • Pour limiter les pertes de chiffre d’affaires et continuer à servir les clients, de nombreuses boutiques ont modifié leurs pratiques, des drives à la création de plateformes communes de livraisons.
  • Et même pour les boutiques qui ont dû garder leurs rideaux baissés, il n’est pas forcément besoin d’attendre la fin du confinement pour leur venir en aide.

De libraire à livreur, il n’y a qu’un pas que l’on est parfois contraint de faire du jour au lendemain en ces temps de confinement. Sophie Fornairon en fait l’expérience depuis trois semaines maintenant, en faisant chaque jour des allers-retours entre la Librairie du Canal , qu’elle gère
dans le 10e arrondissement de Paris, et ses clients, qui lui passent commande de livres en tout genre pour mieux tolérer le confinement. « Beaucoup de livres jeunesses, de BD, mais aussi le dernier Leïla Slimani ou Lambeau, de Philippe Lançon, qui ont tous deux la cote », liste-t-elle.

Dans les premiers jours du confinement avait été évoquée la possibilité de ranger les libraires parmi les commerces de première nécessité, autorisés à ouvrir. « Le Syndicat de la libraire française a jugé que les conditions n’étaient pas réunies et on n’en a plus vraiment reparlé », raconte Sophie Fornairon.

Des livraisons qui occupent les journées

Résultat : la très grande majorité des librairies ont maintenu baissés leurs rideaux. Une issue à laquelle Sophie Fornairon n’a pas pu se résoudre. « J’ai le double avantage de pouvoir stocker un grand nombre de références dans ma librairie et d’avoir un site internet sur lesquels les gens peuvent consulter les livres qu’il me reste et passer commande. » Voilà comment Sophie Fornairon occupe désormais ses journées : entre préparation des commandes et livraisons qu’elle effectue à pied. « J’en fais une vingtaine par jour que je dispatche en trois grandes tournées, en respectant toutes les mesures barrières. » Au moins, les journées ne sont pas totalement blanches. « Je sauve 20 % de mon chiffre d’affaires », évalue-t-elle.

La Librairie du Canal reste parmi les exceptions. Libraires, fleuristes, coiffeurs, vendeurs de vêtements… « 80 à 90 % des commerces de proximité non alimentaires sont aujourd’hui fermés, faute de ne pouvoir faire autrement, évalue Jonathan Chelet, cofondateur de Petits commerces, un site internet qui, en temps normal, brosse le portrait de commerçants indépendants. Et le tableau dressé par Joël Mauvigney, président de la
Confédération générale de l’alimentation de détail (CGAD), n’est guère meilleur. « Sur les 400.000 commerçants que nous représentons, il y a déjà 200.000 hôtels et restaurants en très grande majorité fermés aujourd’hui. Sur les 200.000 restants, un tiers environ ont mis en pause leurs activités. Certains métiers sont très impactés. Ceux qui travaillaient sur les marchés, par exemple. »

« Il a fallu réagir très vite »

Et quand des commerces de bouche restent souvent ouverts, ce n’est pas non plus sans chambouler leurs pratiques. « Pas le choix, il a fallu réagir très vite, raconte Antonio Ballone, à la tête d’une épicerie fine de produits italiens, Gusti italiani, à Cannes. Dès le troisième jour de confinement, la fréquentation de notre boutique a chuté significativement. »

Alors le commerçant cannois fédère les boutiques voisines et bricole au plus vite une plateforme commune de livraisons gratuite de paniers. « Le premier objectif était déjà de réduire les contacts en permettant à nos clients de ne plus avoir à sortir de chez eux et de recevoir, en une seule fois, tous les produits de nos commerces désirés », rappelle Antonio Ballone. La plateforme commence avec cinq commerçants et se retrouve très vite saturée. « Les gens nous appelaient autant pour passer commande que pour avoir un renseignement ou être rassurés, poursuit-il. Notre chance est que très vite, également, la ville de Cannes a mis en place « Allo Courses », une plateforme de livraisons à laquelle nous avons pu nous greffer. Ce sont désormais deux employés de la mairie qui répondent au téléphone. Quant aux livraisons, elles sont faites par des autoentrepreneurs qui faisaient jusque-là de la livraison de plats cuisinés. »

Des livraisons qui permettent de limiter la casse

Petit à petit donc, la plateforme se professionnalise et permet aux commerçants partenaires de mieux traverser la crise. Rien que pour Gusti italiani, Antonio Ballone dit avoir entre 30 et 50 livraisons à préparer par jour. « On a réussi, grâce à ce système, à récupérer une grosse partie du chiffre d’affaires perdu pendant le confinement », commente-t-il. C’est aussi le constat que dresse, à l’autre bout de la France, Mickaël Lemetayer, fondateur de L’Avenue, une halle qui regroupe des commerces de bouche à Avranches (Manche). « Nous avons lancé
une plateforme d’e-commerce commune à nos huit boutiques, précise Mickaël Lemetayer. Et chaque jour, puisque ça marche, nous élargissons le nombre de références proposées. »

Côté logistique, c’est Mickaël Lemetayer qui s’en charge. « Je suis traiteur, spécialisé dans l’événementiel, je n’ai plus aucune activité depuis le début du confinement. Alors, je m’occupe des livraisons. » Soit entre vingt et quarante commandes à livrer par jour. « On perdra beaucoup avec ce confinement, notamment parce que les deux restaurants de l’Avenue restent fermés, mais ces livraisons permettent tout de même de limiter la casse », glisse-t-il.

Avranches et Cannes ne sont que deux exemples. « Ces plateformes de livraison entre commerçants ont éclos un peu partout en France, souvent avec l’aide de municipalités », observe Joël Mauvigney.

Fermer boutique et se lancer dans le drive

L’autre grande parade instaurée par les commerçants pour s’en sortir en ces temps de confinement, c’est le drive. C’est cette option qu’a choisie Carole Cabanis, gérante de Scarole & Marcellin, épicerie de produits locaux installée à Lyon. Cette fois-ci, ce n’est pas la baisse d’influence dans la boutique qui a poussé la commerçante à mettre en place cette solution. Mais l’inverse. « La fermeture des marchés à Lyon a eu pour effet de provoquer une forte affluence dans ma boutique, au point que nous n’étions plus en mesure d’assurer notre sécurité, ni celle de nos clients », lance Carole Cabanis. En début de semaine, elle décide alors de fermer boutique et de ne plus faire que de la préparation de paniers à retirer à la boutique. « Puisque nous n’avions pas de site internet, nous avons créé un fichier de produits que nous transmettons par email aux clients, précise la commerçante. Ils nous retournent leurs commandes et nous organisons leur venue à la boutique. »

Un client tous les quarts d’heures pour éviter les croisements. La logistique n’est pas simple à mettre en place et les journées restent denses pour Carole Cabanis et son équipe. Mais ça marche. « Nous avons dû nous limiter à 60 paniers par jour, indique-t-elle. On perd en chiffre d’affaires puisque en temps normal, nous recevons autour de 250 visites par jour. Mais c’est mieux que rien. »

Commander un verre à prendre à la fin du confinement

C’est tout l’espoir, alors, de Joël Mauvigney. « 90 % des Français disent être attachés à leurs artisans, leurs commerçants et leurs restaurateurs, parce qu’ils dynamisent et animent leur territoire (sondage CSA pour le CGAD). J’espère qu’ils se souviendront des efforts fournis pendant ce confinement et qu’ils seront nombreux à faire vivre leurs commerces de proximité lorsque l’on reviendra à la normale. Car ce confinement laissera des traces, y compris pour les boutiques qui ont pu rester ouvertes ces dernières semaines. »

Pas besoin d’attendre le déconfinement, lance Jonathan Chelet. Petits commerces, avec plusieurs partenaires, a ainsi lancé le 23 mars la plateforme soutien-commerçants-artisans.fr sur laquelle il est possible de commander des bons d’achat à utiliser dans les petites boutiques inscrites dès la fin du confinement. « L’argent de ces bons d’achat, lui, est tout de suite versé au commerçant pour lui permettre de maintenir un peu de trésorerie », explique Jonathan Chelet. Mille commerçants sont déjà inscrits, mille autres sont en attente. « Et on a déjà récolté 200.000 euros en deux semaines », assure-t-il. Une initiative similaire est en cours de lancement pour les restaurants et cafetiers. C’est
J’aimemonbistrot.fr. Les précommandes devraient être ouvertes dans les prochains jours.


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